Reishi : bienfaits, études et précautions de ce champignon
Star de la médecine chinoise, le reishi n'a prouvé d'effet ni sur le cancer ni sur le cholestérol. Ce qui tient, et les précautions à connaître avant d'en prendre.

Le reishi (Ganoderma lucidum) est un champignon utilisé depuis plus de 2 000 ans en Asie, et les études chez l’humain sont plus décevantes que sa réputation. Deux revues Cochrane, la référence en matière d’analyse des essais, ne trouvent pas de preuve qu’il prolonge la survie en cas de cancer, ni qu’il améliore la glycémie, la tension ou le cholestérol. Il modifie certains marqueurs immunitaires, sans preuve qu’il protège des infections, et un essai suggère un effet sur la fatigue chez des personnes épuisées. Pour le sommeil, les données manquent. Côté sécurité, des atteintes du foie ont été décrites avec la poudre de reishi, et la prudence s’impose avec les anticoagulants et les immunosuppresseurs.
Le reishi, qu’est-ce que c’est ?
Le reishi, appelé ganoderme luisant en français et lingzhi en chinois, est un champignon qui pousse sur le bois. Il est consommé en Asie pour ses vertus supposées depuis plus de deux millénaires, selon la revue Cochrane de 2015 sur ses effets cardiovasculaires. Il se consomme traditionnellement bouilli, en décoction, et aujourd’hui surtout en poudre ou en extrait.
Ses deux grandes familles de composés actifs, selon le centre de cancérologie Memorial Sloan Kettering, sont :
- les polysaccharides, en particulier les bêta-glucanes, des fibres de la paroi du champignon qui agissent sur les cellules immunitaires en laboratoire ;
- les triterpènes, étudiés surtout en laboratoire, notamment sur des cellules cancéreuses.
Il fait partie des « champignons fonctionnels » les plus vendus, avec le chaga, le cordyceps, surtout vendu pour l’endurance, et le lion’s mane, surtout vendu pour le cerveau. Pour aucun des quatre, les preuves chez l’humain ne sont solides.
Les bienfaits du reishi selon les études
| Effet recherché | Ce que montrent les essais | Solidité des preuves |
|---|---|---|
| Cancer | Aucune preuve d’effet sur la survie ; meilleure réponse aux traitements dans des essais de faible qualité | Revue Cochrane, 5 essais |
| Immunité | Hausse de certaines cellules immunitaires ; aucune donnée sur les infections | Quelques essais, résultats variables |
| Fatigue | Moins de fatigue chez des patients souffrant de neurasthénie | Un essai |
| Sommeil, stress | Pas d’essai dédié | Non démontré |
| Glycémie, tension, cholestérol | Aucun effet significatif | Revue Cochrane, 5 essais |
Cancer : pas d’effet démontré sur la survie
La revue Cochrane de 2016 a retenu cinq essais randomisés menés chez des patients atteints de cancer, d’une qualité méthodologique jugée généralement insatisfaisante. Aucun n’a mesuré la survie à long terme. Associé à une chimiothérapie ou à une radiothérapie, le reishi était lié à une réponse de la tumeur un peu plus fréquente, et à de petites hausses de certains globules blancs, de l’ordre de 2 à 4 %. Pris seul, il ne produisait pas cet effet.
Les auteurs concluent que les preuves ne justifient pas de l’utiliser comme traitement de première intention, qu’on ignore s’il prolonge la survie, et qu’il pourrait au mieux accompagner les traitements classiques, avec discernement. Si vous êtes soigné pour un cancer, n’en prenez pas sans l’accord de votre oncologue : le reishi peut interagir avec certains traitements (voir plus bas).
Immunité : des marqueurs qui bougent, pas de preuve contre les infections
C’est l’argument de vente principal. Les résultats chez les personnes en bonne santé sont contrastés :
- À Taïwan, 157 adultes ont pris 200 mg de bêta-glucanes de reishi par jour, ou un placebo, pendant 12 semaines. Plusieurs populations de lymphocytes (des globules blancs) et l’activité des cellules « tueuses naturelles » ont augmenté par rapport au placebo (Chen et ses collègues, 2023).
- Au Brésil, chez 39 femmes âgées analysées, 2 g d’extrait sec par jour pendant 8 semaines ont orienté le fonctionnement de certains lymphocytes dans un sens anti-inflammatoire (Iser-Bem et ses collègues, 2024).
- À Hong Kong, chez 18 adultes en bonne santé, 1,44 g de reishi par jour pendant 4 semaines n’a modifié aucun des marqueurs mesurés, y compris immunitaires (Wachtel-Galor et ses collègues, 2004).
Aucun de ces essais n’a mesuré le nombre de rhumes, de grippes ou d’autres infections. Qu’un marqueur augmente ne signifie pas qu’on tombe moins malade. Notre guide des compléments pour l’immunité classe les options selon leurs preuves.
Fatigue : un essai chez des patients épuisés
En Chine, 132 patients souffrant de neurasthénie, un état de fatigue nerveuse persistante avec irritabilité et épuisement, ont pris un extrait de polysaccharides de reishi (1,8 g trois fois par jour) ou un placebo pendant 8 semaines. La fatigue ressentie a baissé de 28,3 % sous reishi, contre 20,1 % sous placebo, et 51,6 % des patients ont été jugés nettement améliorés, contre 24,6 % sous placebo (Tang et ses collègues, 2005). C’est un seul essai, avec un extrait particulier à forte dose, chez des malades : il ne dit rien de la fatigue ordinaire. Notre guide des compléments contre la fatigue présente des options mieux étudiées.
Sommeil et stress : peu de données
Le reishi est souvent vendu « pour dormir ». Nous n’avons trouvé aucun essai chez l’humain consacré au sommeil. Paradoxalement, l’insomnie fait partie des effets indésirables rapportés par le Memorial Sloan Kettering. Si le sommeil est votre objectif, notre guide des compléments pour dormir présente des options mieux étudiées.
Cholestérol, glycémie et tension : pas d’effet
La revue Cochrane de 2015 a réuni cinq essais et 398 participants. Chez des diabétiques de type 2 ayant pris 1,4 à 3 g de reishi par jour pendant 12 à 16 semaines, le reishi n’a pas amélioré de façon significative l’hémoglobine glyquée, le cholestérol, la tension ou le poids par rapport au placebo. Les auteurs concluent que les données ne soutiennent pas son usage contre les facteurs de risque cardiovasculaire.
Quelle dose de reishi ?
Il n’existe pas de dose de référence. Les essais ont utilisé des produits très différents :
| Forme | Dose quotidienne | Durée |
|---|---|---|
| Reishi en gélules | 1,4 à 3 g | 4 à 16 semaines |
| Extrait sec | 2 g | 8 semaines |
| Extrait de polysaccharides | 5,4 g (1,8 g trois fois) | 8 semaines |
| Bêta-glucanes de reishi | 200 mg | 12 semaines |
La dose seule ne veut pas dire grand-chose : 1 g de champignon séché et 1 g d’extrait concentré n’apportent pas la même quantité de composés. Aucune étude n’a comparé le matin et le soir.
Effets secondaires et précautions
Les effets indésirables courants
Le Memorial Sloan Kettering mentionne des nausées, une insomnie, une bouche sèche, une constipation, des démangeaisons et des vertiges. Dans la revue Cochrane sur les facteurs de risque cardiovasculaire, les participants sous reishi avaient 1,67 fois plus de risque de signaler un effet indésirable que sous placebo, sans effet grave, un écart qui n’était pas statistiquement significatif.
Le foie : attention à la poudre
C’est le signal le plus sérieux. Un cas d’atteinte du foie a été décrit à Hong Kong en 2004, puis un cas d’hépatite fulminante mortelle en Thaïlande. Les deux patients avaient auparavant consommé du reishi bouilli, de façon traditionnelle, sans problème ; l’atteinte est survenue après un à deux mois de reishi en poudre. Tous deux prenaient aussi d’autres traitements (Wanmuang et ses collègues, 2007). Ces cas sont rares, mais arrêtez immédiatement et consultez en cas de jaunisse (peau ou blanc des yeux jaunes), d’urines foncées ou de grande fatigue inhabituelle.
Anticoagulants et risque de saignement
Des extraits de reishi freinent l’agrégation des plaquettes en laboratoire, et le Memorial Sloan Kettering signale qu’ils peuvent augmenter le risque de saignement et modifier les tests de coagulation (INR). Un essai chez 40 volontaires en bonne santé n’a pourtant trouvé aucun effet sur la coagulation avec 1,5 g par jour pendant quatre semaines (Kwok et ses collègues, 2005). Le risque semble faible chez une personne en bonne santé, mais si vous prenez un anticoagulant ou un antiagrégant plaquettaire, demandez l’avis de votre médecin.
Immunosuppresseurs, chimiothérapie et maladies auto-immunes
Parce qu’il stimule certaines défenses, le reishi peut contrarier un traitement immunosuppresseur, par exemple après une greffe. Le Memorial Sloan Kettering évoque aussi une interaction théorique avec certaines chimiothérapies, et le soupçonne de pouvoir déclencher ou aggraver des maladies auto-immunes de la peau, sans lien de cause prouvé. Dans ces situations, un avis médical est indispensable.
Grossesse, allaitement, enfants
Aucune donnée de sécurité n’existe. Abstenez-vous par prudence.
Un piège pour les analyses de sang
La poudre de spores de reishi a fait monter le CA 72-4, un marqueur tumoral, chez des patients atteints de cancer digestif. Si vous en prenez et qu’un dosage de marqueurs tumoraux est prévu, signalez-le.
Comment bien choisir son reishi
La qualité des produits est très inégale : sur 19 compléments de reishi achetés aux États-Unis, seuls 5, soit 26,3 %, contenaient les composés annoncés sur leur étiquette (Wu et ses collègues, 2017). Vérifiez :
- L’espèce : Ganoderma lucidum, écrit en toutes lettres.
- La partie utilisée et la forme : corps du champignon (la partie visible) ou mycélium, champignon séché ou extrait. Un extrait concentre les composés ; une poudre de champignon brut en apporte moins par gramme.
- Des teneurs chiffrées en bêta-glucanes ou en triterpènes, quand le fabricant les indique.
- Des analyses publiées pour les métaux lourds et la qualité microbiologique, réalisées par un laboratoire indépendant.
- Un produit simple, sans mélange de champignons ou de plantes qui empêche de savoir ce que vous prenez.
Notre recommandation : le reishi de Nutriforce est un extrait de Ganoderma lucidum concentré 20:1, obtenu à partir du corps du champignon selon sa fiche qualité, dosé à 500 mg par gélule végétale et sans additif : l’espèce, la partie utilisée et la forme sont donc clairement indiquées. Son certificat d’analyse détaille des résultats conformes pour le plomb, l’arsenic, le mercure et le cadmium, ainsi que des contrôles microbiologiques conformes, réalisés par un laboratoire indépendant. Il est formulé en France et convient aux véganes.
Questions fréquentes
Le reishi est-il bon pour le foie ?
Aucun essai chez l’humain ne montre qu’il protège le foie : les effets protecteurs décrits l’ont été chez l’animal. À l’inverse, de rares atteintes du foie, dont une mortelle, ont été rapportées avec la poudre de reishi. Si vous avez une maladie du foie, demandez l’avis de votre médecin.
Le reishi aide-t-il à dormir ?
Nous n’avons trouvé aucun essai chez l’humain consacré au sommeil, et l’insomnie fait partie des effets indésirables signalés. Rien ne permet de le recommander pour dormir.
Quelles sont les contre-indications du reishi ?
Grossesse, allaitement, enfance, traitement anticoagulant ou immunosuppresseur, maladie du foie et maladie auto-immune justifient de s’abstenir ou de demander un avis médical. En cas de cancer, parlez-en à votre oncologue.
Reishi : faut-il le prendre le matin ou le soir ?
Aucune étude ne permet de trancher. Si vous ressentez des troubles du sommeil, prenez-le le matin.
Le reishi fait-il baisser le cortisol ou le stress ?
Nous n’avons trouvé aucun essai chez l’humain mesurant son effet sur le cortisol ou sur le stress. L’argument « adaptogène » repose sur la tradition et sur des études animales.
Notre avis
Le reishi est un champignon au prestige immense, mais les essais chez l’humain ne suivent pas : pas d’effet démontré sur la survie en cas de cancer, ni sur la glycémie, la tension ou le cholestérol, et des effets immunitaires qui se limitent à des marqueurs. Seul un essai sur la fatigue de patients neurasthéniques est franchement positif. Si vous êtes en bonne santé, sans anticoagulant, sans immunosuppresseur et sans maladie du foie, un essai de quelques semaines avec un extrait analysé, comme le reishi Nutriforce, se conçoit, à condition d’en attendre peu et de surveiller tout signe d’atteinte du foie.
Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.


