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Turkesterone

Turkesterone : notre avis sur ses bienfaits, selon les études

Des effets décrits chez le rat, un essai encourageant avec l'ecdystérone, mais aucun résultat démontré pour la turkesterone chez l'humain.

Par Jérémy Barbier · · 9 min de lecture · mis à jour le

Massif de bugle, une plante du genre Ajuga, en fleurs avec ses épis bleu violet et ses feuilles bronze

La turkesterone est un ecdystéroïde, une molécule de structure stéroïde fabriquée par certaines plantes, extraite surtout d’Ajuga turkestanica, une plante d’Asie centrale. Elle est vendue pour gagner du muscle et de la force, mais aucun essai chez l’humain n’a montré cet effet : les trois petits essais contre placebo disponibles n’ont trouvé aucune différence. Les résultats encourageants viennent d’études sur le rat et d’un essai allemand mené avec l’ecdystérone, une molécule voisine. S’y ajoute un problème de qualité : des analyses récentes montrent que beaucoup de gélules contiennent bien moins de turkesterone qu’annoncé.

Turkesterone : de quoi parle-t-on ?

Les ecdystéroïdes sont d’abord des hormones d’insectes, qui pilotent leur mue. Certaines plantes en fabriquent aussi pour se défendre contre les insectes qui les mangent : on parle alors de phytoecdystéroïdes. Selon une revue publiée dans Nutrients en 2024, les deux plus étudiés en nutrition sportive sont l’ecdystérone (ou 20-hydroxyecdysone) et la turkesterone, deux molécules de structure très proche.

Leurs sources ne sont pas les mêmes :

  • La turkesterone atteint ses plus fortes teneurs dans Ajuga turkestanica, une plante des montagnes d’Ouzbékistan. C’est d’elle que sont tirés la plupart des compléments de turkesterone.
  • L’ecdystérone domine dans la racine de Rhaponticum carthamoides (la leuzea, ou « racine de maral ») et dans Cyanotis arachnoidea. On en trouve aussi, en petites quantités, dans les épinards et le quinoa.

Un stéroïde, mais pas un anabolisant classique

La turkesterone a bien un squelette de stéroïde, comme la testostérone ou le cholestérol. Les ecdystéroïdes ne semblent pourtant pas agir comme les stéroïdes anabolisants. Dans des cellules musculaires en culture, l’effet de l’ecdystérone sur la taille des fibres est bloqué par un anti-œstrogène, mais pas par un anti-androgène : il passe par le récepteur bêta des œstrogènes (ERβ), et non par le récepteur de la testostérone (Parr et al., 2014). Ce travail porte sur l’ecdystérone ; le mécanisme de la turkesterone elle-même n’a pas été étudié de la même façon.

Ce que disent les études

Molécule Type d’étude Résultat Solidité des preuves
Turkesterone Rats, à partir de 1976 Effet anabolique rapporté Faible : études anciennes, chez l’animal
Turkesterone 3 petits essais humains, d’une prise à 4 semaines Aucun effet sur le muscle, la force ou l’IGF-1 Faible : 11 à 31 participants
Ecdystérone Essai de 10 semaines, 46 hommes Plus de muscle et de force qu’avec le placebo Un seul essai positif
Ecdystérone Essai de 8 semaines, hommes entraînés Aucun effet Un essai négatif

Chez l’animal : l’origine de la réputation

L’effet anabolique de la turkesterone a été décrit pour la première fois en 1976, chez le rat, comme le rappellent Harris et ses collègues. La revue de 2024 résume les travaux suivants : chez l’animal, la turkesterone montre des effets anaboliques nets sans effet androgène, c’est-à-dire sans effet virilisant. Ces résultats ont fait la réputation de la molécule en salle de musculation. Mais un effet chez le rat, à des doses rapportées au poids sans équivalent humain établi, ne dit pas ce qui se passe chez un pratiquant.

Chez l’humain, la turkesterone n’a encore rien montré

Trois essais contre placebo ont testé la turkesterone chez l’humain, et aucun n’a trouvé d’effet :

  • Une prise unique. Dans le seul essai publié en entier, 11 jeunes hommes ont pris une fois 1 000 mg ou 2 000 mg de turkesterone, ou un placebo. Ni l’IGF-1 (un facteur de croissance lié à la construction musculaire), ni la dépense énergétique au repos n’ont changé de façon significative (Harris et al., 2024).
  • Quatre semaines à 500 mg par jour. Chez 31 adultes actifs (14 hommes et 17 femmes), un extrait d’Ajuga n’a modifié ni la masse maigre, ni la masse grasse mesurées par absorptiométrie (DXA), ni la force de préhension (Castillo et al., 2024).
  • Quatre semaines avec un produit du commerce. Chez 24 étudiants et étudiantes, aucun effet sur la composition corporelle, la force de préhension, l’humeur ou le sommeil (Crisanti et al., 2025).

Ces deux derniers essais n’ont été présentés que sous forme de résumés à des congrès de la Société internationale de nutrition sportive (ISSN), et les participants y gardaient leurs habitudes, sans programme de musculation encadré. Ils sont trop petits et trop courts pour prouver que la turkesterone est inutile. Ils montrent en revanche qu’aucune preuve d’efficacité n’existe à ce jour.

L’ecdystérone : un essai positif, un essai négatif

C’est l’ecdystérone, et non la turkesterone, qui a produit le résultat le plus cité. Dans un essai allemand, 46 jeunes hommes ont suivi 10 semaines de musculation avec des gélules d’ecdystérone ou un placebo. Les groupes ecdystérone ont gagné significativement plus de masse musculaire et progressé davantage au développé couché, sans hausse des marqueurs de toxicité pour le foie ou les reins. Les auteurs ont demandé que l’ecdystérone soit classée parmi les substances dopantes (Isenmann et al., 2019). Analysées, les gélules ne contenaient que 6 mg d’ecdystérone chacune, soit 12 ou 48 mg par jour selon les groupes, comme le rappelle une publication ultérieure de la même équipe (Dissemond et al., 2025).

À l’inverse, dans un essai américain, les hommes entraînés qui prenaient 200 mg d’ecdystérone par jour pendant 8 semaines n’ont pas fait mieux que le placebo, ni sur la masse maigre, ni sur la force, ni sur la testostérone (Wilborn et al., 2006). Et dans l’essai de 2025 cité plus haut, un produit du commerce censé apporter 25 mg d’ecdystérone par gélule en contenait moins de 1 % : il n’a rien apporté de plus que l’entraînement seul.

Un résultat positif avec l’ecdystérone ne se transpose pas à la turkesterone : ce sont deux molécules différentes, et la seconde n’a pas été testée dans un essai comparable.

Testostérone et myostatine : deux promesses sans preuve

On lit souvent que la turkesterone agirait « sur les récepteurs de la testostérone » ou bloquerait la myostatine, la protéine qui freine la croissance des muscles. Chez l’humain, l’essai de Wilborn n’a mesuré aucune variation de la testostérone sous ecdystérone, et le seul mécanisme décrit en laboratoire passe par un récepteur des œstrogènes. Quant à la myostatine, nous n’avons trouvé aucune étude chez l’humain montrant qu’un ecdystéroïde la fasse baisser. Nous faisons le point sur le rôle de la myostatine en musculation dans un article dédié.

Un problème de qualité : des gélules souvent sous-dosées

Dans l’Union européenne, personne ne vérifie la teneur en actif d’un complément avant sa mise en vente : c’est au fabricant d’en répondre. En 2026, une équipe bulgare a dosé la turkesterone et l’ecdystérone dans 13 compléments du commerce, par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (Todorova et al., 2026). Quatre produits à base d’Ajuga turkestanica annonçaient 10 % de turkesterone, soit 50 à 60 mg par gélule :

  • un seul contenait la quantité attendue (55 mg) ;
  • un autre en contenait 40 mg pour 60 mg attendus ;
  • les deux derniers n’en contenaient que 6,2 mg et 0,6 mg, le second renfermant surtout de l’ecdystérone.

Autrement dit, même si la turkesterone avait un effet, une partie des acheteurs n’en avalerait pas assez pour le constater. Nous expliquons comment repérer un produit fiable dans notre guide où acheter de la turkesterone en France.

Quelle dose, à quel moment, combien de temps ?

  • Dose : aucune dose efficace n’a été établie, puisque aucun essai n’a montré d’effet. Les essais ont utilisé 500 mg d’extrait par jour pendant quatre semaines, ou une prise unique de 1 000 à 2 000 mg. Comparez surtout la quantité de turkesterone apportée, en milligrammes, plutôt que le poids d’extrait.
  • Moment : aucune étude n’a comparé une prise le matin et le soir, ni avant et après la séance.
  • Durée : chez l’humain, les données sur la turkesterone s’arrêtent à quatre semaines. Au-delà, on ne sait rien de son efficacité ni de sa tolérance.

Sécurité et statut antidopage

Dans ces essais courts, la turkesterone a été bien tolérée : dans l’essai de 2024, aucune des deux doses n’a modifié la fréquence cardiaque ou la tension, ni provoqué de trouble digestif. On manque en revanche de recul sur une prise prolongée, et il n’existe aucune donnée pendant la grossesse. Nous détaillons ces points dans notre article sur les dangers de la turkesterone.

Pour les sportifs soumis aux contrôles, l’Agence mondiale antidopage (AMA) a inscrit l’ecdystérone à son programme de surveillance 2026, en compétition et hors compétition. Ce programme n’est pas une interdiction : il sert à repérer un éventuel usage détourné, et peut précéder une inscription sur la liste des substances interdites. La turkesterone n’y figure pas, mais l’analyse de 2026 montre que les extraits d’Ajuga contiennent souvent aussi de l’ecdystérone.

Comment bien choisir sa turkesterone

Si vous voulez l’essayer, trois critères font la différence :

  1. La bonne plante : un extrait d’Ajuga turkestanica, la source de turkesterone. Un extrait de Rhaponticum ou de Cyanotis apporte surtout de l’ecdystérone, une autre molécule.
  2. Un titrage exprimé en turkesterone, en pourcentage et en milligrammes par gélule, plutôt qu’en « ecdystéroïdes totaux » ou en simple ratio d’extraction.
  3. Une analyse d’un laboratoire indépendant accessible, qui porte sur la teneur en turkesterone et sur les contaminants, comme les métaux lourds.

Notre recommandation : la turkesterone d’Ajuga turkestanica de Nutriforce coche ces trois cases. C’est un extrait d’Ajuga turkestanica standardisé à 12 % de turkestérone, soit 60 mg de turkestérone par gélule de 500 mg, un titrage affiché clairement. Sa fiche qualité, téléchargeable sur la page du produit, reprend le certificat d’analyse d’un laboratoire indépendant : teneur en turkestérone conforme, métaux lourds (plomb, arsenic, mercure, cadmium) et contrôles microbiologiques conformes. L’extrait est le seul actif, dans une gélule végétale, sans additif ni conservateur, et le produit est formulé en France.

Questions fréquentes

La turkesterone est-elle un stéroïde ?

Chimiquement, oui : elle a la structure de base des stéroïdes. Mais ce n’est pas un stéroïde anabolisant. Chez l’animal, les ecdystéroïdes n’ont pas d’effet virilisant, et le seul mécanisme décrit, pour l’ecdystérone, passe par un récepteur des œstrogènes et non par celui de la testostérone.

La turkesterone augmente-t-elle la testostérone ?

Rien ne le montre. Aucun essai sur la turkesterone n’a mesuré la testostérone, et 8 semaines d’ecdystérone ne l’ont pas modifiée dans l’essai de Wilborn. Les produits qui promettent un effet « testostérone sans testostérone » s’appuient sur une hypothèse, pas sur une mesure.

Comment et quand prendre la turkesterone ?

Aucune étude ne permet de fixer un moment idéal. Dans les essais de quatre semaines, les participants prenaient 500 mg d’extrait, ou une gélule, par jour. Respectez la dose indiquée par le fabricant et jugez le produit après quelques semaines d’entraînement régulier, sans en attendre davantage que ce que disent les études.

Turkesterone ou créatine : que choisir ?

La créatine. C’est le complément le mieux étudié pour la force et la masse musculaire, et l’Autorité européenne de sécurité des aliments reconnaît qu’elle améliore la performance lors d’efforts brefs, intenses et répétés, comme nous l’expliquons dans notre article sur la créatine monohydrate. La turkesterone, elle, n’a encore montré aucun effet chez l’humain.

Peut-on associer turkesterone et tongkat ali ?

Aucune étude n’a testé cette association. Le tongkat ali dispose de quelques essais sur la testostérone, surtout chez les hommes dont le taux est bas. Cumuler deux produits vendus comme « anabolisants naturels » multiplie les inconnues sans bénéfice démontré : testez-en un seul à la fois.

Que valent les avis sur les forums ?

Un témoignage ne remplace pas un essai contrôlé : on ne sait ni ce que contenait réellement la gélule, ni ce qu’aurait donné l’entraînement seul. Or c’est justement ce que mesurent les essais contre placebo, et ils n’ont rien trouvé jusqu’ici.

Notre avis

La turkesterone n’a pas fait ses preuves chez l’humain : les trois essais disponibles sont négatifs, et le résultat positif le plus cité concerne une autre molécule, l’ecdystérone. Si vous voulez tout de même l’essayer, sans grossesse ni compétition contrôlée en vue, choisissez un extrait d’Ajuga turkestanica titré en turkesterone et analysé, comme la turkesterone Nutriforce, et jugez-la honnêtement sur vos charges et vos mensurations. Pour progresser, la priorité reste l’entraînement, les protéines et la créatine : notre guide des compléments de musculation classe ce qui marche selon les études.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.