Ginkgo biloba : bienfaits, mémoire, acouphènes et dangers selon les études
Mémoire, circulation, acouphènes : ce que les grands essais ont vraiment montré, et pourquoi le ginkgo demande de la prudence avec les anticoagulants.

Le ginkgo biloba est surtout pris pour la mémoire, mais les grands essais sont décevants : chez des personnes âgées sans démence, un extrait standardisé pris pendant six ans n’a pas réduit le risque de démence, et rien ne montre qu’il améliore la mémoire des adultes sans trouble. Son seul usage reconnu par l’Agence européenne des médicaments concerne les troubles cognitifs liés à l’âge et la démence légère, avec un effet modeste. Il n’a pas montré d’effet utile sur les acouphènes ni sur la claudication. Côté sécurité, il peut augmenter le risque de saignement avec les anticoagulants et doit être arrêté avant une opération.
Ginkgo biloba : feuilles, extrait standardisé et EGb 761
Le ginkgo est un arbre originaire de Chine, reconnaissable à ses feuilles en éventail. Ce sont les feuilles qui servent à préparer les extraits, pas les graines (voir plus bas).
Les grands essais ont utilisé un extrait très particulier, obtenu en concentrant fortement les feuilles puis en les purifiant. Le plus connu est l’EGb 761, l’extrait du Tanakan. La pharmacopée allemande a fixé pour ce type d’extrait une teneur de 22 à 27 % en glycosides flavonoïdes (des antioxydants végétaux) et de 5 à 7 % en lactones terpéniques (ginkgolides et bilobalide, les composés propres au ginkgo). La purification sert aussi à réduire les acides ginkgoliques, des composés indésirables.
Ce point compte : une analyse de produits vendus aux États-Unis a trouvé des teneurs en acides ginkgoliques allant de moins de 500 ppm à environ 90 000 ppm selon les marques, et beaucoup de produits ne respectaient pas la composition de référence (Kressmann et al., 2002). Un « ginkgo » quelconque n’est donc pas l’équivalent des extraits étudiés.
Les bienfaits du ginkgo biloba selon les études
| Effet recherché | Ce que montrent les essais | Verdict |
|---|---|---|
| Mémoire (adulte en bonne santé) | Pas d’effet démontré | Non démontré |
| Prévention de la démence | Aucun effet dans l’essai GEM (3 069 personnes, 6 ans) | Négatif |
| Troubles cognitifs, démence légère | Petite amélioration à 240 mg/jour sur 22 à 26 semaines | Modeste |
| Claudication (douleur des jambes à la marche) | Gain de distance non significatif | Pas de bénéfice clinique |
| Acouphènes | Peu ou pas d’effet | Non démontré |
Mémoire chez l’adulte en bonne santé : pas d’effet démontré
C’est pourtant la raison principale de l’achat. Pour le NCCIH, l’agence fédérale américaine chargée des médecines complémentaires, il n’est pas établi que les compléments de ginkgo influencent les performances cognitives des personnes en bonne santé (NCCIH). Si vous cherchez à soutenir votre concentration, d’autres plantes ont été étudiées sur ce terrain, comme le bacopa, avec leurs propres limites.
Prévenir la démence : l’essai GEM est négatif
L’essai GEM (Ginkgo Evaluation of Memory) est l’un des plus grands essais menés sur le ginkgo (DeKosky et al., 2008). 3 069 personnes de 75 ans et plus, sans démence au départ, ont pris 120 mg d’extrait deux fois par jour ou un placebo, avec un suivi médian de 6,1 ans. Résultat : 277 cas de démence dans le groupe ginkgo contre 246 sous placebo, une différence non significative. Le ginkgo n’a pas non plus ralenti le passage à la démence chez les participants qui avaient déjà un trouble cognitif léger.
Autrement dit, prendre du ginkgo « pour prévenir Alzheimer » ne repose sur aucune preuve.
Troubles cognitifs et démence légère : un effet modeste
C’est le seul usage « bien établi » retenu par l’EMA, qui reconnaît l’extrait standardisé, à 240 mg par jour, pour l’amélioration des troubles cognitifs liés à l’âge et de la qualité de vie dans la démence légère (monographie EMA, 2015). Une méta-analyse de 9 essais et 2 561 patients (Tan et al., 2015) conclut que l’EGb 761 à 240 mg par jour stabilise ou ralentit un peu le déclin de la cognition et de l’autonomie sur 22 à 26 semaines, surtout chez les patients qui ont aussi des troubles du comportement.
En France, la Haute Autorité de santé a pourtant jugé en décembre 2011 que le service médical rendu par le Tanakan et les médicaments à base d’EGb 761 était « insuffisant » (HAS, 2011). Ce jugement porte sur l’intérêt thérapeutique du médicament, estimé trop limité, et non sur sa sécurité. Un trouble de la mémoire qui s’installe mérite d’abord une consultation.
Circulation et claudication : pas de bénéfice clinique
La claudication intermittente est une douleur des mollets à la marche, due au rétrécissement des artères des jambes. La revue Cochrane de 14 essais et 739 participants (Nicolaï et al., 2013) trouve un gain de distance de marche d’environ 64 mètres, non significatif, probablement surestimé par la non-publication d’essais négatifs. Conclusion des auteurs : aucune preuve d’un bénéfice cliniquement utile.
L’EMA admet par ailleurs un « usage traditionnel » pour les jambes lourdes et la sensation de mains et pieds froids, mais uniquement sur la base de l’ancienneté de l’usage, et après avoir écarté une maladie sérieuse avec un médecin.
Acouphènes : pas d’effet démontré
La revue Cochrane de 2022 (Sereda et al., 2022) a analysé 12 essais et 1 915 participants. Sur la gêne causée par les acouphènes, le ginkgo aurait « peu ou pas d’effet » par rapport au placebo, avec des preuves de très faible certitude. Le NCCIH classe lui aussi les acouphènes parmi les indications où le ginkgo n’aide pas. Les témoignages positifs existent, mais les acouphènes sont très sensibles à l’effet placebo, d’où l’importance des essais en aveugle.
Dose, durée et moment de prise
Les repères viennent de la monographie de l’EMA pour l’extrait standardisé :
- Dose : 240 mg par jour, en une ou deux prises (120 à 240 mg par prise). C’est la dose des essais positifs sur les troubles cognitifs.
- Durée : au moins 8 semaines. Sans amélioration au bout de 3 mois, le traitement doit être réévalué.
- Moment : aucune étude ne privilégie le matin ou le soir.
Ces repères valent pour un extrait conforme à la pharmacopée, pas pour de la poudre de feuilles ni pour une tisane.
Effets secondaires et dangers du ginkgo biloba
Les effets indésirables courants
Selon l’EMA, les maux de tête sont très fréquents, les vertiges, la diarrhée, les douleurs abdominales, les nausées et les vomissements fréquents. Des réactions allergiques cutanées sont possibles, et des chocs allergiques ont été décrits, sans que leur fréquence soit connue.
Saignements, anticoagulants et chirurgie
C’est la précaution principale. L’EMA signale des saignements (œil, nez, cerveau, tube digestif) dont la fréquence n’est pas connue, et demande :
- un avis médical avant toute prise en cas de tendance aux saignements ou de traitement anticoagulant (comme la warfarine) ou antiagrégant (clopidogrel, aspirine, anti-inflammatoires) ;
- l’arrêt du ginkgo 3 à 4 jours avant une chirurgie.
Le signal reste discuté : une méta-analyse de 18 essais et 1 985 adultes n’a trouvé aucun effet significatif du ginkgo sur les tests de coagulation (Kellermann et Kloft, 2011). Mais des cas de saignements ont été rapportés, et les conséquences d’une hémorragie sous anticoagulant peuvent être graves : la prudence l’emporte.
Épilepsie
L’EMA précise que la survenue de nouvelles crises chez les personnes épileptiques ne peut pas être exclue. Si vous êtes épileptique, ne prenez pas de ginkgo sans l’avis de votre neurologue.
Grossesse, allaitement et enfants
Le ginkgo est contre-indiqué pendant la grossesse selon l’EMA, car il peut favoriser les saignements, et déconseillé pendant l’allaitement faute de données. Il n’a pas d’indication chez l’enfant.
Autres interactions médicamenteuses
L’EMA recommande la prudence avec le dabigatran (un anticoagulant), signale que le ginkgo peut augmenter la concentration de nifédipine (un traitement de l’hypertension) et déconseille l’association avec l’éfavirenz (un antirétroviral), dont il peut faire baisser l’efficacité.
Graines et « fruits » : toxiques
Les graines de ginkgo, vendues parfois grillées dans la cuisine asiatique, ne doivent pas être confondues avec les extraits de feuilles. Le NCCIH rappelle que les graines fraîches sont toxiques, et que des effets graves ont aussi été observés avec des graines grillées ou la plante brute.
Ce que montrent les études chez l’animal
Chez la souris, un extrait de ginkgo administré cinq jours par semaine pendant deux ans, à des doses de 200 à 2 000 mg par kilo de poids corporel, a augmenté la fréquence des tumeurs du foie, et des anomalies de la thyroïde ont été observées chez le rat (National Toxicology Program, 2013). Ces doses sont sans commune mesure avec les 240 mg par jour d’un adulte (environ 3 à 4 mg par kilo), et l’extrait testé n’avait pas la même composition que l’EGb 761 (il contenait deux à trois fois plus de lactones terpéniques). Ce résultat chez l’animal ne prouve pas un risque chez l’humain, mais il plaide pour ne pas dépasser les doses étudiées ni prolonger la prise sans raison.
Comment bien choisir son ginkgo biloba
- Un extrait de feuilles, jamais de graines.
- Un extrait purifié et standardisé selon les repères de la pharmacopée (22 à 27 % de flavonoïdes, 5 à 7 % de lactones terpéniques), qui est le type d’extrait utilisé dans les essais, avec une teneur en acides ginkgoliques réduite au minimum.
- Un certificat d’analyse qui vérifie ces teneurs, puisque de nombreux produits du marché s’en écartent.
- Une composition courte, sans mélange de plantes, pour savoir ce que vous prenez et limiter les interactions.
- Des contrôles de contaminants (métaux lourds, microbiologie) accessibles.
Notre recommandation : le ginkgo biloba de Nutriforce répond à ces critères. C’est un extrait de feuilles standardisé à 24 % de glycosides flavonoïdes et 6 % de terpènes, et son certificat d’analyse, réalisé par un laboratoire indépendant et publié dans sa fiche qualité, affiche 25,02 % et 6,31 %. La formule se limite à l’extrait et à une gélule végétale en hypromellose, sans additif ni autre plante. Les analyses de métaux lourds et microbiologiques sont conformes, et le produit est formulé en France.
Questions fréquentes
Le ginkgo biloba améliore-t-il vraiment la mémoire ?
Pas chez l’adulte en bonne santé : les études ne montrent pas d’effet. Chez les personnes qui ont des troubles cognitifs liés à l’âge ou une démence légère, l’extrait standardisé à 240 mg par jour a un effet modeste. Il ne prévient pas la démence.
Le ginkgo biloba est-il efficace contre les acouphènes ?
Les preuves disponibles ne le montrent pas : la revue Cochrane de 2022 conclut à peu ou pas d’effet. Les acouphènes persistants justifient une consultation chez un médecin ORL.
Le Tanakan est-il dangereux ?
Le Tanakan contient de l’EGb 761, un extrait standardisé de ginkgo, avec les mêmes précautions que les autres extraits : risque de saignement avec les anticoagulants, arrêt avant une opération, prudence en cas d’épilepsie, pas pendant la grossesse. La HAS a jugé son intérêt médical insuffisant, ce qui ne signifie pas qu’il soit dangereux.
Peut-on prendre du ginkgo avec de l’aspirine ?
Pas sans avis médical. L’aspirine, comme les autres antiagrégants et anticoagulants, fait partie des médicaments pour lesquels l’EMA demande de consulter un médecin avant de prendre du ginkgo, en raison du risque de saignement.
Combien de temps faut-il pour voir un effet ?
Dans les essais sur les troubles cognitifs, les effets ont été mesurés après 22 à 26 semaines. L’EMA prévoit au moins 8 semaines de prise, et une réévaluation au bout de 3 mois sans amélioration.
Peut-on associer ginkgo et lion’s mane ou alpha-GPC ?
Nous n’avons trouvé aucune étude sur ces associations. Si vous vous intéressez au lion’s mane ou à l’alpha-GPC, commencez par un seul complément à la fois, et vérifiez les interactions avec vos traitements.
Notre avis
Le ginkgo biloba est l’une des plantes les mieux étudiées, et c’est justement ce qui permet de trancher : il ne prévient pas la démence, n’améliore pas la mémoire des personnes en bonne santé et n’a pas montré d’effet utile sur les acouphènes ou la claudication. Son seul bénéfice établi, modeste, concerne les troubles cognitifs liés à l’âge avec un extrait standardisé à 240 mg par jour. Si c’est votre situation, et que vous ne prenez ni anticoagulant ni antiagrégant, un essai de trois mois avec un extrait de qualité pharmaceutique se défend, idéalement après en avoir parlé à votre médecin.
Pour comparer avec les autres options, consultez notre guide des compléments pour la mémoire et la concentration.
Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.



