Centella asiatica : bienfaits, dangers et différence entre gélules et crème
Star des crèmes « cica » et vendue en gélules pour les jambes lourdes : ce que les études montrent vraiment, et pourquoi l'Europe reste prudente sur la voie orale.

La Centella asiatica, aussi appelée hydrocotyle d’Asie ou gotu kola, est une plante aux petites feuilles rondes utilisée sur la peau pour aider la cicatrisation, et par voie orale, sous forme d’extrait titré, contre les symptômes de l’insuffisance veineuse (jambes lourdes, gonflement des chevilles). C’est son usage oral le mieux documenté, avec des essais anciens et de qualité limitée. Pour la mémoire, les cheveux ou les rides, les preuves manquent. Par voie orale, de rares atteintes du foie ont été rapportées, et l’Agence européenne des médicaments ne retient que l’usage sur la peau.
Qu’est-ce que la Centella asiatica ?
La centella est une plante herbacée vivace de la famille des Apiacées (celle de la carotte et du céleri), originaire des zones tropicales d’Asie du Sud-Est et d’Australie (LiverTox). On utilise ses parties aériennes, c’est-à-dire les feuilles et les tiges. Ses composés actifs principaux sont des triterpènes, des molécules de la famille des saponines : l’asiaticoside, le madécassoside et leurs formes libres, l’acide asiatique et l’acide madécassique (Jorge et Jorge, 2005).
Les études cliniques utilisent le plus souvent un extrait purifié et standardisé, appelé selon les laboratoires TECA ou TTFCA : il contient 40 % d’asiaticoside et 60 % d’acides asiatique et madécassique (EMA, 2022). C’est cet extrait qui a été testé, pas la poudre de plante ni un extrait quelconque.
En France, la centella a deux statuts. Ses parties aériennes sont autorisées dans les compléments alimentaires (arrêté du 24 juin 2014). Et des médicaments à base d’extrait purifié y sont autorisés, notamment pour la cicatrisation, comme le pansement Madecassol depuis 1976, et pour les symptômes de stase veineuse (EMA, 2022).
Détail utile : la centella et la Bacopa monnieri portent parfois le même nom, « brahmi ». La Pharmacopée européenne a d’ailleurs ajouté un test pour détecter la présence de bacopa dans la centella (EMA, 2022).
Bienfaits de la Centella asiatica : ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas
Jambes lourdes et insuffisance veineuse (preuve modérée à faible)
L’insuffisance veineuse chronique survient quand les veines des jambes ramènent mal le sang vers le cœur : jambes lourdes, douleurs, chevilles gonflées. C’est le terrain le mieux étudié pour la centella par voie orale.
Une revue systématique de 8 essais randomisés conclut que la centella améliore des mesures de la microcirculation (oxygénation de la peau, vitesse de gonflement des chevilles) et, dans trois essais sans données chiffrées, des symptômes comme la lourdeur, la douleur et l’œdème. Les auteurs appellent à la prudence : la plupart des études sont mal rapportées et leur risque de biais est incertain (Chong et Aziz, 2013).
Exemple typique : dans un essai contrôlé contre placebo, 40 patients souffrant d’hypertension veineuse sévère ont reçu 60 mg d’extrait TTFCA deux fois par jour, ou un placebo, pendant 8 semaines. Le gonflement des chevilles et les symptômes ont diminué dans le groupe traité, sans effet secondaire observé (Cesarone et al., 2001). Mais plusieurs de ces essais viennent de la même équipe et ont été publiés dans un même supplément de la revue Angiology, ce qui limite leur poids.
La revue Cochrane sur les veinotoniques (les produits qui visent à améliorer le tonus des veines) replace ces résultats dans leur contexte. Sur 56 essais exploitables, seuls deux portaient sur la centella. Tous produits confondus, les veinotoniques réduisent probablement un peu l’œdème, mais changent peu ou pas la qualité de vie, et entraînent un peu plus d’effets indésirables, surtout digestifs, qu’un placebo (Martinez-Zapata et al., 2020).
Cicatrisation des petites plaies (usage traditionnel reconnu)
L’Agence européenne des médicaments (EMA) reconnaît un usage traditionnel de la centella pour aider à cicatriser les petites plaies, uniquement sur la peau : poudre de plante appliquée directement ou compresse imbibée d’infusion, trois fois par jour, pendant une semaine au maximum, chez l’adulte (monographie de l’EMA, 2022). « Usage traditionnel » signifie que la reconnaissance repose sur l’ancienneté de l’usage, pas sur des essais cliniques solides.
Vergetures (non démontré)
La centella est un ingrédient classique des crèmes anti-vergetures. Une revue Cochrane de 6 essais (800 femmes enceintes), qui inclut une crème associant centella, vitamine E et hydrolysats de collagène et d’élastine, ne trouve aucune preuve de bonne qualité qu’une préparation locale prévienne les vergetures de grossesse (Brennan et al., 2012).
Rides, acné et crèmes « cica » (peu de données)
Les cosmétiques « cica » misent sur l’effet apaisant attribué au madécassoside. Les études que nous avons trouvées testent des produits qui associent plusieurs actifs : on ne peut pas en tirer de conclusion sur la centella seule. Pour la peau, les compléments oraux comme le collagène marin ou l’astaxanthine ont été davantage étudiés, avec des résultats eux aussi modestes.
Mémoire et cerveau (non démontré)
La centella est utilisée traditionnellement comme tonique du cerveau. Une méta-analyse de 2017 ne trouve pourtant d’amélioration dans aucun domaine des fonctions cognitives par rapport au placebo. Elle note seulement une vigilance un peu plus élevée et une colère un peu plus faible une heure après la prise (Puttarak et al., 2017). Si c’est votre objectif, la Bacopa monnieri ou le Lion’s Mane ont fait l’objet d’autres travaux.
Cheveux (non démontré)
Nous n’avons trouvé aucun essai clinique chez l’humain sur la centella contre la chute de cheveux. Les promesses reposent sur des expériences menées sur des cellules en laboratoire.
Gélules ou crème : deux usages différents
| Crème ou usage sur la peau | Gélules (voie orale) | |
|---|---|---|
| Usage étudié | Cicatrisation des petites plaies, soins cosmétiques | Symptômes de l’insuffisance veineuse |
| Forme testée | Poudre, infusion en compresse, extrait purifié | Extrait titré TTFCA, 60 à 180 mg par jour |
| Position de l’EMA | Usage traditionnel reconnu (une semaine au maximum) | Non retenu, pour des raisons de sécurité |
| Principal risque | Eczéma de contact | Troubles digestifs, rares atteintes du foie |
Dosage utilisé dans les études
Dans l’insuffisance veineuse, les essais utilisent l’extrait TTFCA à des doses de 60 à 180 mg par jour, pendant 2 à 8 semaines (EMA, 2022). Ces chiffres ne s’appliquent qu’à cet extrait titré. Un extrait « concentré 20:1 » indique combien de plante a servi à le fabriquer, pas sa teneur en triterpènes : il n’est pas comparable.
La tisane de centella bue n’a pas été retenue par l’EMA : l’infusion n’est reconnue qu’en application sur la peau.
Effets secondaires et dangers
Troubles digestifs
Par voie orale, les effets indésirables les plus fréquents, dans les essais comme dans la pharmacovigilance, sont digestifs : douleurs abdominales, gaz, nausées, vomissements. Dans certains essais avec des produits combinés, des maux de tête, une baisse d’appétit, une somnolence et des éruptions cutanées ont aussi été rapportés (EMA, 2022).
Atteintes du foie : rares mais documentées
C’est le point à connaître avant de prendre des gélules. En Argentine, trois femmes de 49 à 61 ans ont développé une jaunisse après 20 à 60 jours de centella par voie orale, avec une hépatite confirmée par l’analyse du tissu du foie. Toutes se sont améliorées après l’arrêt de la plante et un traitement, et chez l’une d’elles, la reprise de la plante a fait revenir l’atteinte (Jorge et Jorge, 2005). LiverTox, la base de référence des Instituts nationaux de santé américains (NIH) sur la toxicité pour le foie, classe la centella parmi les causes rares d’atteinte aiguë du foie avec jaunisse (LiverTox).
L’EMA note que ces cas n’établissent pas de lien de causalité certain, mais que des études chez le rat, avec de la poudre de plante donnée par voie orale, ont montré des effets toxiques sur le foie et, de façon plus modérée, sur les reins. Avec les doutes sur la fertilité, c’est la raison pour laquelle elle n’a pas retenu l’usage oral (EMA, 2022).
Arrêtez la centella et consultez rapidement en cas de jaunisse (peau ou blanc des yeux jaunes), d’urines foncées, de fatigue inhabituelle ou de douleurs sous les côtes à droite. Évitez-la si vous avez une maladie du foie ou si vous prenez déjà des médicaments connus pour leur toxicité hépatique.
Fertilité, grossesse, allaitement et enfants
L’EMA déconseille la centella pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données de sécurité, et son usage n’est pas établi avant 18 ans. Des études chez l’animal suggèrent un effet sur la fertilité, sans preuve chez l’humain, et la plante a une réputation traditionnelle d’effet abortif (EMA, 2022). En cas de projet de grossesse, mieux vaut s’en passer.
Allergies
La centella est contre-indiquée en cas d’allergie aux plantes de la famille des Apiacées (monographie de l’EMA, 2022). Sur la peau, des eczémas de contact ont été associés à son application, même si d’autres ingrédients des produits peuvent être en cause (EMA, 2022). Testez une nouvelle crème sur une petite zone avant de l’appliquer largement.
Interactions
Aucune interaction médicamenteuse n’est rapportée dans la monographie européenne. Par prudence, signalez-la à votre médecin si vous prenez un traitement au long cours, en particulier un médicament qui sollicite le foie ou qui rend somnolent.
Comment bien choisir un complément de Centella asiatica
- Le titrage avant tout : cherchez la teneur en triterpènes (asiaticoside, acides asiatique et madécassique). C’est la seule donnée qui permet de se rapprocher des doses étudiées.
- Une partie de plante précise : parties aériennes, conformément à la réglementation française.
- Des contrôles qualité : identité de la plante (pas de confusion avec la bacopa), métaux lourds, analyses disponibles.
- Une cure courte : les essais sur les jambes lourdes durent 2 à 8 semaines ; au-delà, faites une pause et un point avec votre médecin.
Notre recommandation : la Centella asiatica Nutriforce est un extrait concentré 20:1, à 400 mg par gélule végétale, soit une forme bien plus concentrée que la plante en poudre. La posologie est claire (une à deux gélules par jour) et le fabricant affiche ses précautions d’emploi, grossesse et allaitement compris : le signe d’une marque sérieuse. Associez-la à une cure courte, comme dans les essais.
Questions fréquentes
Quels sont les bienfaits de la Centella asiatica pour la peau ?
Sur la peau, son usage traditionnel pour aider à cicatriser les petites plaies est reconnu par l’EMA. Pour les rides, l’acné ou les vergetures, les preuves sont insuffisantes.
La Centella asiatica est-elle dangereuse ?
En crème, le risque principal est un eczéma de contact. En gélules, elle provoque surtout des troubles digestifs, et de rares hépatites ont été rapportées. Elle est déconseillée pendant la grossesse, l’allaitement, avant 18 ans et en cas de maladie du foie.
Centella asiatica en gélules ou en crème : que choisir ?
Tout dépend de l’objectif. Pour une petite plaie ou un soin de la peau, la crème ou l’application locale. Pour les jambes lourdes, seul l’extrait titré par voie orale a été étudié, avec des preuves modestes et une vigilance sur le foie.
La Centella asiatica fait-elle pousser les cheveux ?
Rien ne le montre chez l’humain : les données se limitent à des expériences sur des cellules.
La Centella asiatica est-elle efficace contre les vergetures ?
Les crèmes qui en contiennent n’ont pas prouvé qu’elles préviennent les vergetures de grossesse, selon la revue Cochrane de 2012.
La Centella asiatica améliore-t-elle la mémoire ?
Non selon la méta-analyse disponible : aucun effet sur les fonctions cognitives, seulement un léger effet sur la vigilance juste après la prise.
Notre avis
La centella a deux usages sérieux : en crème, pour la cicatrisation, et par voie orale pour les jambes lourdes et l’insuffisance veineuse, où les essais montrent un bénéfice. C’est dans ce second objectif que nous la conseillons, en cure courte de quelques semaines, avec un extrait concentré comme la Centella asiatica Nutriforce. Pour la mémoire ou les cheveux, rien n’est démontré à ce jour. En cas d’antécédent de maladie du foie ou de traitement au long cours, parlez-en d’abord à votre médecin.
Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.



