Aller au contenu
Testostérone et hormones

DHEA chez l'homme et la femme : effets, risques et statut en France

Hormone « anti-âge » très médiatisée, la DHEA déçoit dans les essais contrôlés. Voici ce qu'elle fait vraiment, ses risques et son statut en France.

Par Jérémy Barbier · · 8 min de lecture · mis à jour le

Couple souriant allongé dans un lit, main dans la main

La DHEA (déhydroépiandrostérone) est une hormone fabriquée par les glandes surrénales, que l’organisme transforme en partie en testostérone et en œstrogènes. Son taux baisse fortement avec l’âge, mais les essais contrôlés chez les personnes âgées ne montrent pas de bénéfice notable sur le muscle, la forme, la sexualité masculine ou la qualité de vie ; les effets observés sont modestes et concernent surtout certaines femmes après la ménopause. En France, ce n’est pas un complément alimentaire : c’est une hormone, délivrée en pharmacie sous forme de préparation sur ordonnance.

La DHEA, qu’est-ce que c’est ?

La DHEA est un stéroïde produit principalement par les glandes surrénales, situées au-dessus des reins. Elle circule dans le sang surtout sous une forme liée à un sulfate, la DHEA-S, que l’on mesure lors d’une prise de sang. Elle agit surtout après sa conversion par les tissus en androgènes (hormones dites masculines, dont la testostérone) et en œstrogènes.

Sa sécrétion et son taux sanguin diminuent fortement avec l’âge. C’est ce déclin qui a fait naître l’idée d’une « hormone de jouvence » à compenser, et qui a conduit des chercheurs français, autour d’Étienne-Émile Baulieu, à mener l’étude DHEAge, publiée en 2000 (Baulieu et al., 2000).

Ce que montrent les études

Situation Ce que montrent les essais Niveau de preuve
Homme âgé Pas d’effet sur la sexualité, les os, le métabolisme ni la qualité de vie Méta-analyse de 25 essais
Femme ménopausée Léger effet sur la sexualité, pas sur la qualité de vie, effets androgéniques Revue Cochrane de 28 essais
Sécheresse vaginale après la ménopause Efficace en ovule vaginal (médicament) Autorisation européenne
Insuffisance surrénalienne Données insuffisantes, usage systématique déconseillé Recommandations d’experts
FIV chez les « mauvaises répondeuses » Peu ou pas de différence sur les naissances Revue Cochrane de 28 essais

Chez l’homme âgé : pas d’effet sur la sexualité ni la forme

Une méta-analyse a regroupé 25 essais contrôlés contre placebo chez 1 353 hommes âgés, suivis en moyenne 36 semaines. La DHEA n’a eu aucun effet sur la fonction sexuelle, les os, le cholestérol, la glycémie ou la qualité de vie. Seule une petite baisse de la masse grasse a été notée, expliquée par la transformation de la DHEA en testostérone et en œstrogènes (Corona et al., 2013).

Un essai de deux ans mené à la Mayo Clinic chez 87 hommes et 57 femmes âgés dont la DHEA-S était basse conclut de la même façon : ni la composition corporelle, ni la force, ni la sensibilité à l’insuline, ni la qualité de vie ne se sont améliorées. Seule la densité osseuse a légèrement progressé, à la hanche chez les hommes et au poignet chez les femmes (Nair et al., 2006).

Chez la femme après la ménopause : un petit effet sur la sexualité

L’étude française DHEAge a donné 50 mg de DHEA par jour ou un placebo pendant un an à 280 personnes de 60 à 79 ans. Chez les femmes de plus de 70 ans, les chercheurs ont observé une amélioration du renouvellement osseux et de la plupart des paramètres de la libido ; l’état de la peau (hydratation, épaisseur, sébum) s’est aussi amélioré, surtout chez les femmes. Les effets étaient donc surtout visibles chez elles (Baulieu et al., 2000).

La revue Cochrane de 2015, qui a rassemblé 28 essais et 1 273 femmes ménopausées, nuance ces espoirs. La DHEA n’améliore pas la qualité de vie, son effet sur les symptômes de la ménopause reste incertain, et elle améliore légèrement la fonction sexuelle. En contrepartie, elle augmente nettement le risque d’effets androgéniques, surtout de l’acné : environ 15 % des femmes traitées en ont eu, contre moins de 3 % sous placebo (Scheffers et al., 2015).

Le seul usage validé par un médicament concerne la sphère intime : la prastérone, nom de la DHEA en tant que médicament, est autorisée depuis 2018 dans l’Union européenne sous forme d’ovule vaginal de 6,5 mg, sur ordonnance, contre la sécheresse et l’atrophie vaginales des femmes ménopausées (Agence européenne des médicaments). Cette forme locale n’a rien à voir avec les gélules prises par la bouche. Pour les autres options, voyez notre guide des compléments pour la ménopause.

Insuffisance surrénalienne et femmes à faible taux d’androgènes

Quand les surrénales ne fonctionnent plus, la DHEA manque aussi. Les recommandations internationales conduites par l’Endocrine Society déconseillent pourtant son usage systématique, chez les femmes en bonne santé comme chez celles qui ont une insuffisance surrénalienne, faute de données suffisantes sur son efficacité et sa sécurité (Wierman et al., 2014). Un essai au cas par cas reste une décision d’endocrinologue.

Fertilité et FIV

La DHEA a été très utilisée avant une fécondation in vitro chez les femmes qui produisent peu d’ovocytes lors de la stimulation (les « mauvaises répondeuses »). La revue Cochrane mise à jour en 2024 conclut qu’elle ne change probablement pas, ou peu, le taux de naissances vivantes ou de grossesses évolutives (9 essais, 1 433 femmes, certitude modérée), et qu’elle ne réduit pas les fausses couches (Naik et al., 2024). N’en prenez pas de votre propre initiative : c’est une décision à prendre avec votre centre de procréation médicalement assistée.

Effets indésirables

  • Effets androgéniques chez la femme : acné, pilosité excessive sur le visage ou le corps. Ce sont les effets les mieux documentés.
  • Baisse du « bon » cholestérol (HDL), observée dans plusieurs études, même à faible dose, selon l’agence française du médicament (ANSM, 2001).
  • Risque pour les cancers hormonodépendants : parce qu’elle se transforme en hormones sexuelles, la DHEA peut stimuler la croissance des cancers de la prostate, du sein ou de l’utérus.

L’ANSM relevait qu’aux doses de 50 mg par jour ou moins, les études n’avaient pas montré d’effet indésirable clinique majeur. Mais la plupart des essais durent moins de deux ans : on manque de recul sur une prise prolongée.

Contre-indications et précautions

La DHEA est à éviter :

  • en cas de cancer hormonodépendant (sein, prostate, utérus), actuel ou passé ;
  • pendant la grossesse et l’allaitement, et avant 18 ans ;
  • en cas d’excès d’androgènes, par exemple dans un syndrome des ovaires polykystiques ;
  • sans avis médical si vous prenez déjà un traitement hormonal (contraception, traitement de la ménopause, testostérone, hormonothérapie), puisqu’elle se transforme en ces mêmes hormones.

Sportifs : la DHEA (prastérone) figure dans la classe des stéroïdes anabolisants de la liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage. Elle est interdite en permanence, en compétition comme hors compétition.

Le statut de la DHEA en France

En France, la DHEA ne peut pas être vendue comme complément alimentaire. En 2001, l’agence du médicament (alors Afssaps, aujourd’hui ANSM) a conclu que son utilisation relevait de la réglementation du médicament : elle nécessite une prescription et une surveillance médicale. En l’absence de médicament autorisé par voie orale, le pharmacien peut la préparer lui-même en gélules, sur ordonnance : c’est ce qu’on appelle une préparation magistrale. L’agence ajoutait qu’il ne pouvait être conseillé de la prescrire pour lutter contre les effets du vieillissement, quels que soient l’âge et le sexe (ANSM, 2001).

Ces préparations ne sont pas remboursées : l’Assurance maladie les classe parmi les préparations sans visée thérapeutique principale (ameli.fr).

La situation est différente aux États-Unis, où la DHEA est vendue librement comme complément, ce que les auteurs de l’étude DHEAge présentaient déjà comme un problème de santé publique. Les produits commandés à l’étranger sur internet échappent aux contrôles français : dose réelle, pureté et contre-indications ne sont pas vérifiées.

Si vous envisagez la DHEA

  • Parlez-en à votre médecin, qui vérifiera l’absence de contre-indication et pourra doser la DHEA-S.
  • Définissez un objectif précis (sexualité après la ménopause, par exemple), plutôt qu’un vague effet « anti-âge » que les essais n’ont pas confirmé.
  • Faites-vous suivre : bilan lipidique, surveillance de la peau et de la pilosité, dépistage adapté des cancers hormonodépendants.
  • Explorez d’abord les alternatives. Pour la testostérone, notre guide du booster de testostérone naturel montre que le sommeil, le poids et un bilan pèsent plus lourd que les produits ; pour le désir sexuel, voyez notre guide des compléments pour la libido. Les plantes vendues pour la testostérone, comme la Cistanche tubulosa, ne sont pas plus prouvées.

Questions fréquentes

La DHEA est-elle interdite en France ?

Non, mais elle n’est pas en vente libre. C’est une hormone qui relève de la réglementation du médicament : le pharmacien peut la préparer sur ordonnance, et une forme vaginale est autorisée comme médicament. Elle ne peut pas être vendue comme complément alimentaire.

Peut-on acheter de la DHEA en pharmacie sans ordonnance ?

Non. En pharmacie, la DHEA orale est délivrée sous forme de préparation magistrale, sur prescription médicale, et n’est pas remboursée.

La DHEA augmente-t-elle la testostérone ?

Un peu, puisque l’organisme la transforme en partie en testostérone. Dans l’étude DHEAge, la hausse était faible et plus marquée chez les femmes. Chez l’homme âgé, les essais ne montrent pas d’effet sur la sexualité ni sur la force.

Quels sont les effets secondaires de la DHEA chez la femme ?

Surtout l’acné et une pilosité excessive : dans la revue Cochrane, environ 15 % des femmes traitées ont eu des effets androgéniques, contre moins de 3 % sous placebo. Une baisse du « bon » cholestérol a aussi été observée.

La DHEA est-elle utile avant une FIV ?

La revue Cochrane de 2024 conclut qu’elle change probablement peu ou pas le taux de naissances chez les femmes qui répondent mal à la stimulation. La décision revient à votre centre de procréation médicalement assistée.

La DHEA est-elle dopante ?

Oui. Elle figure sur la liste des substances interdites de l’Agence mondiale antidopage, parmi les stéroïdes anabolisants, en compétition comme hors compétition.

Notre avis

La DHEA a longtemps été présentée comme l’hormone de jeunesse. Les essais contrôlés ont largement dégonflé cette promesse : pas d’effet notable chez l’homme âgé, un petit bénéfice sexuel chez certaines femmes ménopausées, payé par de l’acné et une pilosité accrue chez une sur sept environ. C’est une hormone, pas un complément, et c’est à juste titre qu’elle n’est délivrée que sur ordonnance en France. Si une indication précise vous concerne, parlez-en à votre médecin ; si vous cherchez un effet « anti-âge » ou un gain de testostérone, elle n’est pas la bonne piste.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.