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Testostérone et hormones

Fadogia agrestis : bienfaits supposés, dangers et ce que disent vraiment les études

Vendue comme booster de testostérone, la fadogia n'a jamais été testée chez l'homme, et les études chez le rat montrent des effets préoccupants sur les testicules.

Par Jérémy Barbier · · 7 min de lecture · mis à jour le

Jeune rameau de fadogia agrestis aux feuilles vert clair, sur un sol rocailleux

La fadogia agrestis est un arbuste d’Afrique de l’Ouest vendu comme booster de testostérone, mais elle n’a jamais été testée chez l’homme : toutes les études sur ses effets hormonaux ont été menées chez le rat, par la même équipe. Chez ces rats, un extrait de tige a augmenté la testostérone et l’activité sexuelle en quelques jours. Après 28 jours, il a aussi altéré plusieurs marqueurs du fonctionnement des testicules, ainsi que du foie et des reins. On ne connaît donc ni dose efficace ni dose sûre chez l’humain, et en l’état des connaissances, nous ne la conseillons pas.

Fadogia agrestis : de quoi parle-t-on ?

Fadogia agrestis est un arbuste d’Afrique tropicale de la famille des Rubiacées, celle du caféier. Les botanistes classent aujourd’hui cette espèce sous le nom de Vangueria agrestis, que l’on retrouve dans une partie de la littérature scientifique.

En médecine traditionnelle africaine, elle est utilisée en décoction contre la fièvre, la douleur et le paludisme (Avula et ses collègues, 2020). Au Burkina Faso, elle fait partie des plantes citées par les tradipraticiens contre le paludisme (Sanon et ses collègues, 2003), et au Ghana, son écorce est exportée par tonnes chaque année, alors qu’elle n’est pas vendue sur les marchés locaux (van Andel et ses collègues, 2012). Sa tige contient des alcaloïdes et des saponines, avec de faibles quantités de flavonoïdes et d’anthraquinones.

Son succès récent comme « booster de testostérone » ne vient pas d’essais cliniques : il repose sur quelques études chez le rat et sur sa popularité dans des podcasts américains consacrés à la santé.

Ce que disent les études

Étude Modèle Ce qui a été observé
Yakubu, 2005 Rats, 5 jours Plus d’activité sexuelle, testostérone en hausse
Yakubu, 2008 Rats, 28 jours Marqueurs testiculaires altérés à toutes les doses
Yakubu, 2009 Rats, 28 jours Signes d’atteinte des cellules du foie et des reins
Ogunro, 2023 Rats traités par un antidépresseur Marqueurs de l’érection restaurés
Essais chez l’homme Aucun Aucune donnée

Testostérone et libido : des résultats chez le rat uniquement

L’étude qui fonde la réputation de la plante date de 2005 (Yakubu et ses collègues). Des rats mâles ont reçu chaque jour un extrait aqueux de tige, à 18, 50 ou 100 mg par kilo de poids corporel. En 5 jours, leur activité sexuelle a augmenté (plus de montes, éjaculation retardée) et leur testostérone sanguine s’est élevée, d’autant plus que la dose était forte.

En 2023, la même équipe a donné cet extrait à des rats chez qui un antidépresseur, la paroxétine, avait provoqué des troubles de l’érection (Ogunro et Yakubu, 2023). L’extrait a ramené plusieurs marqueurs biologiques de l’érection à des niveaux proches de ceux des rats non traités, comme le sildénafil. Les auteurs précisent eux-mêmes que son usage contre les troubles de l’érection ne pourrait être envisagé qu’après des essais cliniques.

Ces travaux ont plusieurs limites : ils portent sur l’animal, sur de petits groupes, sur une durée courte, et n’ont pas été reproduits par une autre équipe. Ils utilisent en outre un extrait aqueux préparé au laboratoire, qui n’est pas forcément comparable aux poudres de tige vendues en gélules.

Muscle et force : aucune étude

Les promesses de prise de muscle et de perte de graisse ne reposent sur rien de mesuré : nous n’avons trouvé aucune étude publiée, même chez l’animal, sur l’effet de la fadogia sur la masse musculaire ou la force.

Les dangers de la fadogia agrestis

Les testicules : le signal le plus préoccupant

En 2008, la même équipe a prolongé l’expérience à 28 jours, aux mêmes doses (Yakubu et ses collègues, 2008). À toutes les doses, plusieurs marqueurs du fonctionnement des testicules ont été modifiés : teneur en cholestérol, en glycogène et en protéines, activité de plusieurs enzymes. Le poids des testicules rapporté au poids du corps a augmenté. Les auteurs y voient des signes d’effets néfastes, susceptibles de réduire les capacités fonctionnelles des testicules. Dix jours après l’arrêt, les rats n’avaient récupéré qu’en partie, et surtout à la plus faible dose : les auteurs estiment qu’à ce niveau, proche de l’usage traditionnel, la toxicité n’est pas permanente, ce qui ne dit rien des prises prolongées.

Autrement dit, la plante est vendue pour stimuler les testicules, et c’est sur cet organe que les données animales montrent un effet toxique. Aucune étude n’a vérifié ce qu’il en est chez l’homme, ni pour la fertilité.

Le foie et les reins

Dans une autre étude de 28 jours, les rats n’ont présenté aucun signe clinique ni aucun décès, et leurs organes gardaient un poids normal (Yakubu et ses collègues, 2009). Mais des enzymes ont diminué dans le foie et les reins tout en augmentant dans le sang, et un marqueur de l’oxydation des graisses a augmenté à toutes les doses. Les auteurs y voient une atteinte des membranes des cellules du foie et des reins.

Des produits pas toujours conformes

Des chercheurs américains ont analysé 17 compléments vendus comme de la fadogia agrestis : 12 contenaient bien les composés phénoliques caractéristiques de la plante, mais aucun n’a été détecté dans les 5 autres (Avula et ses collègues, 2019). À l’absence de données chez l’homme s’ajoute donc une incertitude sur ce que contient la gélule. Nous détaillons les points à vérifier dans notre guide pour acheter de la fadogia agrestis en France.

Aucune dose connue chez l’homme

Les doses utilisées chez le rat ne se transposent pas directement à l’humain, et elles portaient sur un extrait aqueux, pas sur les poudres du commerce. Surtout, la plus faible dose testée altérait déjà les marqueurs testiculaires. Les doses de 300 à 600 mg par jour que l’on lit souvent en ligne ne reposent sur aucun essai.

Qui ne doit pas en prendre ?

  • Projet d’enfant ou problème de fertilité : les effets observés sur les testicules du rat suffisent à l’écarter.
  • Moins de 18 ans, grossesse, allaitement : aucune donnée.
  • Maladie du foie ou des reins : les signaux chez l’animal concernent ces deux organes.
  • Traitement en cours, maladie de la prostate, traitement hormonal : aucune interaction n’a été étudiée ; demandez l’avis de votre médecin.

Si vous en prenez et ressentez une douleur testiculaire, une fatigue inhabituelle ou tout autre effet, arrêtez et consultez. Les effets indésirables des compléments peuvent être déclarés au dispositif de nutrivigilance de l’ANSES.

Des alternatives mieux étudiées

Si votre objectif est la testostérone, commencez par le sommeil, le poids et une prise de sang, comme nous l’expliquons dans notre guide des boosters de testostérone naturels. Parmi les plantes, le tongkat ali a fait l’objet d’essais contrôlés chez l’homme, avec des résultats surtout chez les hommes dont le taux est bas, et ses propres réserves de sécurité. D’autres plantes vendues avec les mêmes promesses sont, comme la fadogia, surtout étudiées chez l’animal : c’est le cas du pyrèthre d’Afrique. La cistanche figure aussi dans ce rayon : jugez-la sur les mêmes critères.

Questions fréquentes

La fadogia agrestis augmente-t-elle la testostérone ?

Chez le rat, oui, dans une étude de 5 jours. Chez l’homme, personne ne le sait : aucun essai n’a été publié. Les témoignages en ligne ne remplacent pas une mesure contrôlée.

La fadogia agrestis est-elle dangereuse ?

Aucune donnée ne permet de dire qu’elle est sûre chez l’homme. Chez le rat, 28 jours de prise ont altéré des marqueurs du fonctionnement des testicules à toutes les doses testées, et des signes d’atteinte du foie et des reins ont été relevés.

Quelle dose de fadogia agrestis prendre ?

Aucune dose n’a été évaluée chez l’humain. Les 300 à 600 mg par jour souvent cités, notamment par le neurobiologiste américain Andrew Huberman dans son podcast, ne reposent sur aucun essai clinique.

La fadogia agrestis fait-elle grossir les testicules ?

Chez le rat, le poids des testicules rapporté au poids du corps a augmenté après 28 jours, mais en même temps que des marqueurs d’altération de leur fonctionnement. Ce n’est pas un signe favorable.

Peut-on associer fadogia agrestis et tongkat ali ?

Cette association n’a jamais été étudiée. Ajouter une plante sans données chez l’homme à une autre ne fait qu’augmenter l’incertitude, et vous empêche de savoir laquelle provoque un effet ou un désagrément.

Notre avis

La fadogia agrestis est l’exemple d’un complément dont la réputation a devancé les preuves : aucun essai chez l’homme, quelques études chez le rat issues d’une seule équipe, et parmi elles des signaux de toxicité sur l’organe même qu’elle est censée stimuler. Nous ne la conseillons pas en l’état des connaissances, en particulier si vous avez un projet d’enfant. Si vous décidez malgré tout d’essayer, limitez-vous à une courte durée, sans l’associer à d’autres produits, et faites contrôler votre bilan par votre médecin. Pour agir sur la testostérone, des options mieux documentées existent.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.