Harpagophytum : bienfaits sur les articulations, dosage et avis
La griffe du diable soulage-t-elle vraiment les douleurs articulaires ? Essais cliniques, dose d'harpagosides, délai d'action et limites des preuves.

L’harpagophytum, ou griffe du diable, est une plante d’Afrique australe dont la racine est prise pour les douleurs articulaires légères. L’Agence européenne des médicaments (EMA) le reconnaît comme médicament traditionnel à base de plantes pour cet usage, mais juge les essais cliniques trop fragiles pour parler d’efficacité démontrée. Les meilleures études, sur le mal de dos et l’arthrose, suggèrent un effet modeste sur la douleur avec des préparations apportant 50 à 100 mg d’harpagosides par jour, après plusieurs semaines de prise.
L’harpagophytum, qu’est-ce que c’est ?
Harpagophytum procumbens pousse à l’état sauvage dans le désert du Kalahari et les steppes de Namibie. Son surnom vient de ses fruits, couverts d’épines recourbées en forme de crochets. La partie utilisée est la racine secondaire tubérisée, c’est-à-dire les tubercules secondaires, distincts du tubercule principal : ils contiennent environ deux fois plus d’harpagoside que ce dernier, selon le rapport d’évaluation de l’EMA. Une espèce voisine, Harpagophytum zeyheri, est acceptée pour le même usage.
Les composés étudiés sont des iridoïdes, des molécules très amères dont la principale est l’harpagoside. La Pharmacopée européenne s’en sert comme marqueur de qualité : la racine séchée doit en contenir au moins 1,2 %, et un extrait sec au moins 1,5 %. L’EMA précise toutefois que l’activité est attribuée à l’extrait entier, pas au seul harpagoside.
On trouve l’harpagophytum sous plusieurs formes : poudre de racine, extraits secs (à l’eau ou à l’alcool) en gélules, ampoules, teinture et tisane.
Ce que disent les études
Mal de dos : les résultats les moins fragiles
C’est pour les poussées de lombalgie chronique que les données sont les plus nombreuses. La revue Cochrane de 2014 sur les plantes contre le mal de dos conclut que des doses quotidiennes d’harpagophytum standardisées à 50 ou 100 mg d’harpagosides pourraient faire mieux qu’un placebo sur la douleur à court terme et réduire le recours aux antalgiques de secours (2 essais, 315 participants). Les auteurs qualifient cependant ces preuves de faible qualité.
La même revue mentionne un essai sur 88 patients qui a trouvé un effet comparable à celui du rofécoxib, un anti-inflammatoire depuis retiré du marché pour des raisons de sécurité, avec un extrait apportant 60 mg d’harpagosides par jour (Gagnier, 2004). La revue Cochrane juge cet essai de très faible qualité.
Arthrose du genou et de la hanche : encourageant, mais fragile
Dans un essai français de 4 mois, 122 patients souffrant d’arthrose du genou ou de la hanche ont reçu soit 6 gélules par jour de poudre de racine cryobroyée (435 mg par gélule), soit de la diacerhéine, un médicament de l’arthrose à action lente (Chantre, 2000). Douleur et gêne fonctionnelle ont baissé de façon comparable dans les deux groupes, et le groupe harpagophytum a consommé moins d’anti-inflammatoires et d’antalgiques. La diarrhée a touché 8,1 % des patients sous harpagophytum contre 26,7 % sous diacerhéine. À noter : le premier auteur travaillait pour le laboratoire qui commercialise le produit testé, et l’étude ne comportait pas de groupe placebo.
Les synthèses restent prudentes :
- une revue systématique de 2004 parle de preuves « modérées » pour une poudre apportant 60 mg d’harpagosides par jour dans l’arthrose, et de preuves « limitées » pour des extraits alcooliques apportant moins de 30 mg par jour ;
- un petit essai de 2021, sur 30 patients atteints d’arthrose légère du genou, n’a pas trouvé de différence entre un extrait d’harpagophytum (2 × 480 mg par jour pendant un mois) et le méloxicam, un anti-inflammatoire (Farpour, 2021). Avec si peu de participants, ce résultat ne prouve pas l’équivalence.
La revue indépendante Prescrire est plus sévère : dans une note de 2013, elle estime que l’harpagophytum n’a pas d’efficacité établie au-delà d’un effet placebo et qu’il vaut mieux l’éviter, à cause de cas de troubles digestifs hauts parfois sérieux (Prescrire, 2013).
Ce qu’en dit l’Agence européenne des médicaments
La monographie européenne de 2016 classe l’harpagophytum en « usage traditionnel » pour deux indications : le soulagement des douleurs articulaires mineures, et les troubles digestifs légers (ballonnements, flatulences, perte d’appétit passagère), ce dernier usage étant lié à son amertume. Ce statut repose sur au moins 30 ans d’utilisation documentée, dont 15 dans l’Union européenne.
Le rapport d’évaluation explique pourquoi l’EMA n’est pas allée plus loin : les essais sont petits, souvent menés par les mêmes auteurs, et les produits testés (poudre, extraits aqueux ou alcooliques, doses exprimées tantôt en harpagosides, tantôt en extrait) sont trop différents pour être comparés. Les données sont jugées insuffisantes pour un « usage bien établi », la catégorie réservée aux plantes dont l’efficacité est démontrée.
Tendinite, récupération sportive : pas de données
L’harpagophytum est souvent vendu pour les tendinites ou la récupération après l’effort. Nous n’avons trouvé aucun essai contrôlé chez l’humain testant l’harpagophytum par voie orale pour ces usages. Ce sont des extrapolations à partir des études sur l’arthrose et le mal de dos.
Quelle dose d’harpagophytum ?
Les doses efficaces dépendent de la préparation. Le repère le plus utile est la quantité d’harpagosides par jour, quand le fabricant l’indique.
| Préparation étudiée | Dose par jour | Source |
|---|---|---|
| Extrait aqueux, mal de dos | 50 à 100 mg d’harpagosides | Cochrane, 2014 |
| Extrait aqueux, mal de dos (face au rofécoxib) | 60 mg d’harpagosides | Gagnier, 2004 |
| Poudre cryobroyée, arthrose | 2,6 g de poudre (6 × 435 mg) | Chantre, 2000 |
| Extrait sec alcoolique, arthrose légère | 960 mg d’extrait (2 × 480 mg) | Farpour, 2021 |
| Poudre de racine, usage traditionnel | 1,35 g (435 mg, 3 fois par jour) | Monographie EMA, 2016 |
En dessous de 30 mg d’harpagosides par jour, les preuves sont les plus minces. La monographie de l’EMA répartit la plupart des doses en 2 ou 3 prises par jour et déconseille l’harpagophytum avant 18 ans, faute de données.
Au bout de combien de temps agit-il ?
L’harpagophytum n’agit pas comme un antalgique qu’on prend au moment de la douleur. Les essais ont mesuré l’effet sur des durées de 4 semaines à 4 mois. Dans une étude d’observation sans groupe témoin menée sur 675 patients, l’effet était ressenti en moyenne au bout de 13 jours, selon le rapport de l’EMA. Santé Canada, cité dans ce même rapport, indique qu’il faut au moins 2 à 3 mois pour juger du résultat sur l’arthrose. De son côté, l’EMA demande de consulter un médecin si les douleurs persistent au-delà de 4 semaines de prise.
L’harpagophytum face aux autres options
Avant de comparer les compléments entre eux, il faut rappeler ce que recommandent les spécialistes. Les recommandations internationales OARSI de 2019 placent au premier rang, pour l’arthrose du genou et de la hanche, l’information du patient et un programme d’exercices structurés, avec une perte de poids si nécessaire pour le genou. Pour la douleur du genou, elles recommandent fortement les anti-inflammatoires en gel. Le paracétamol, lui, n’y est pas recommandé.
Face aux anti-inflammatoires non stéroïdiens pris par la bouche (AINS, comme l’ibuprofène), l’argument avancé en faveur de l’harpagophytum est sa bonne tolérance dans les essais, même si Prescrire signale des cas de troubles digestifs sérieux. Et les comparaisons directes portent sur peu de patients et, pour l’une d’elles, sur un médicament retiré du marché.
Parmi les compléments, la curcumine dispose aujourd’hui d’un nombre d’essais plus important dans l’arthrose du genou, avec ses propres précautions. Le collagène marin est une autre piste souvent proposée pour le confort articulaire. Le boswellia, une résine d’encens, a lui aussi été testé dans l’arthrose. Aucun de ces compléments ne remplace l’activité physique, qui reste l’intervention la mieux étayée.
Effets secondaires et précautions
Dans les essais, l’harpagophytum est en général bien toléré. Une revue de sécurité de 2008 portant sur 28 essais relève des effets indésirables mineurs chez environ 3 % des patients, surtout digestifs, et jamais plus fréquents que sous placebo dans les essais en double aveugle. La monographie de l’EMA mentionne aussi des maux de tête, des vertiges et des réactions allergiques cutanées.
Les principales précautions :
- contre-indication en cas d’ulcère de l’estomac ou du duodénum en cours, car la plante stimule la sécrétion gastrique ;
- avis médical indispensable en cas de calculs biliaires ;
- déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement, et avant 18 ans ;
- prudence sous anticoagulant de type warfarine, un cas de purpura (petites hémorragies sous la peau) ayant été rapporté.
Toutes les contre-indications, les interactions et les signaux plus rares (tension artérielle, pancréatite) sont détaillés dans notre article sur les contre-indications et effets secondaires de l’harpagophytum.
Comment bien choisir son harpagophytum
- La teneur en harpagosides. C’est le critère qui permet de comparer un produit aux doses des essais. Faites le calcul : un extrait titré à 2,5 % apporte 50 mg d’harpagosides pour 2 g d’extrait. Un produit qui n’affiche ni titrage ni teneur ne permet pas ce calcul.
- Le ratio d’extraction. Une mention comme « 10:1 » signifie que 10 kg de racine ont servi à produire 1 kg d’extrait. Elle indique une concentration, mais pas la teneur finale en harpagosides, qui dépend aussi du solvant et de la racine de départ.
- La partie de la plante. Seule la racine secondaire est concernée. Le rapport de l’EMA signale des falsifications avec des racines primaires pauvres en harpagoside, ou avec d’autres plantes amères.
- L’espèce. Les deux espèces sont admises, mais une analyse ADN de compléments vendus aux États-Unis, citée par l’EMA, a trouvé H. zeyheri dans tous les échantillons, seul dans 81 % des cas. Une étiquette qui mentionne l’espèce exacte est un bon signe.
- Les formes liquides. Teintures et certaines préparations liquides contiennent de l’alcool, que l’étiquette doit signaler : à éviter selon votre situation.
Notre recommandation : la griffe du diable de Nutriforce apporte 1 000 mg par jour d’un extrait concentré au moins 10 fois, en gélule végétale et sans aucun additif. Un extrait concentré plutôt qu’une simple poudre, une composition limitée à la plante et des précautions d’emploi clairement affichées : c’est ce que nous recherchons pour une cure de quelques semaines.
Questions fréquentes
Pourquoi prendre l’harpagophytum le soir ?
Aucune étude n’a comparé une prise le matin et une prise le soir. Les essais et la monographie de l’EMA répartissent le plus souvent la dose en 2 ou 3 prises dans la journée. Le soir n’a donc pas d’avantage démontré. Ce qui compte, c’est la régularité sur plusieurs semaines. Si vous avez l’estomac sensible, parlez-en à votre pharmacien avant de commencer.
Quel est l’avis des études sur l’harpagophytum dans l’arthrose ?
Les essais suggèrent une baisse modeste de la douleur, comparable dans certains cas à des médicaments de référence, mais ils sont petits et de qualité méthodologique faible. L’EMA reconnaît un usage traditionnel pour les douleurs articulaires mineures, sans parler d’efficacité démontrée. Prescrire le déconseille.
Combien de temps faut-il prendre l’harpagophytum ?
Comptez au moins 4 semaines avant de juger. Les essais ont duré de 4 semaines à 4 mois. Si vos douleurs ne diminuent pas après 4 semaines, ou si elles s’accompagnent d’un gonflement de l’articulation, d’une rougeur ou de fièvre, consultez un médecin : l’EMA précise que ces signes doivent être examinés.
Peut-on donner de l’harpagophytum à son chien ou à son cheval ?
Nous n’avons pas trouvé d’essai contrôlé solide testant l’harpagophytum seul chez le chien ou le cheval. Demandez l’avis de votre vétérinaire plutôt que de donner un produit conçu pour l’humain. Pour les chevaux de compétition, sachez que l’harpagoside figure sur la liste des substances interdites de la Fédération équestre internationale (FEI) dans la catégorie des médications contrôlées : sa détection lors d’une compétition FEI constitue une infraction.
Quel est l’harpagophytum le plus efficace ?
Nous n’avons trouvé aucune étude comparant les marques entre elles. Le plus sûr est de choisir un produit qui indique sa teneur en harpagosides et de viser les doses étudiées, soit 50 à 100 mg par jour, ou une préparation proche de celles de la monographie européenne.
Notre avis
L’harpagophytum est une option plausible pour des douleurs articulaires légères ou un mal de dos chronique, avec un bon profil de tolérance dans les essais et un usage traditionnel reconnu par l’Agence européenne du médicament. Si vous n’avez ni ulcère, ni calculs biliaires, ni traitement anticoagulant, une cure de 4 à 8 semaines avec un extrait concentré, comme la griffe du diable Nutriforce, est une démarche raisonnable : vous saurez rapidement si elle vous soulage. Associée à une activité physique régulière, c’est une approche naturelle cohérente pour les articulations.
Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.



