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Digestion, foie et immunité

TUDCA : bienfaits pour le foie, posologie et dangers

Un acide biliaire cousin d'un médicament, étudié surtout chez des malades du foie : ce que le TUDCA peut faire, et ce que personne n'a jamais testé.

Par Jérémy Barbier · · 10 min de lecture · mis à jour le

Gélules blanches de TUDCA renversées d'un flacon en verre ambré sur une table en bois clair

Le TUDCA (acide tauroursodésoxycholique) est un acide biliaire, c’est-à-dire une molécule de la bile, très proche de l’acide ursodésoxycholique, un médicament prescrit dans certaines maladies des voies biliaires. Chez des personnes atteintes d’une maladie chronique du foie, il fait baisser les enzymes hépatiques dans de petits essais. En revanche, aucun essai n’a montré qu’il « détoxifie » un foie sain, qu’il fait reculer un foie gras ou qu’il protège de l’alcool et des anabolisants. Son effet indésirable le plus courant est la diarrhée, et il ne se prend pas sans avis médical en cas de maladie du foie ou de la vésicule.

TUDCA : c’est quoi ?

Les acides biliaires sont fabriqués par le foie et déversés dans l’intestin avec la bile, où ils aident à digérer les graisses. Le TUDCA est l’un d’eux : c’est la forme de l’acide ursodésoxycholique (UDCA) liée à la taurine, un acide aminé, ce qui le rend plus soluble dans l’eau.

L’UDCA est un médicament délivré sur ordonnance en France. Il est autorisé dans deux situations : la cholangite biliaire primitive, une maladie chronique des petits canaux biliaires, et la dissolution de certains calculs de cholestérol dans la vésicule (base de données publique des médicaments).

Le TUDCA lui-même a été utilisé comme médicament en Europe contre les calculs biliaires et les maladies du foie avec cholestase, c’est-à-dire un ralentissement de l’écoulement de la bile. Les chercheurs s’y intéressent aussi pour une propriété observée en laboratoire : il agit comme une « molécule chaperonne », qui aide les protéines à se replier correctement dans les cellules.

Presque tout ce que l’on sait du TUDCA vient donc de patients suivis pour une maladie, pas de personnes en bonne santé qui cherchent à « soutenir leur foie ».

Les bienfaits du TUDCA selon les études

Usage Ce que montrent les essais chez l’humain Solidité des preuves
Cholangite biliaire primitive Baisse des enzymes du foie, comparable à celle de l’UDCA Un essai de 199 patients, deux petits essais
Cirrhose Baisse des enzymes, marqueurs de fibrose inchangés 23 patients, sans placebo
Sensibilité à l’insuline Amélioration d’environ 30 % au niveau du foie et du muscle 20 personnes, 4 semaines
Foie gras (stéatose) Graisse du foie inchangée Non démontré
Calculs biliaires Moins efficace que l’UDCA 31 patients
Maladie de Charcot (SLA) Essai pilote positif, essai de confirmation négatif Échec en phase 3
« Détox », alcool, anabolisants Aucun essai Non étudié

Maladies des voies biliaires : l’usage le mieux documenté

Dans la cholangite biliaire primitive, un essai italien a réparti 24 patients entre 500, 1 000 et 1 500 mg de TUDCA par jour pendant six mois. Les enzymes du foie ont baissé dès le premier mois aux trois doses, et la diarrhée a été le seul effet indésirable relevé (Crosignani et al., 1996).

Un essai chinois plus large, mené en double aveugle chez 199 patients, a comparé 750 mg par jour de TUDCA ou d’UDCA pendant 24 semaines. Les phosphatases alcalines, une enzyme qui monte quand la bile s’écoule mal, ont baissé de plus de 25 % chez 76 % des patients sous TUDCA et 81 % sous UDCA, sans différence significative entre les deux (Ma et al., 2016).

Ces résultats concernent une maladie précise, suivie par un hépatologue. Ils ne disent rien d’un foie en bonne santé.

Cirrhose : des enzymes qui baissent, pas la fibrose

Un essai en double aveugle a comparé 750 mg par jour de TUDCA et d’UDCA pendant six mois chez 23 patients atteints de cirrhose, dont 18 ont pu être analysés. Sous TUDCA, les transaminases et les phosphatases alcalines ont baissé, mais les marqueurs sanguins de fibrose (le tissu cicatriciel du foie) n’ont bougé de façon significative dans aucun des deux groupes (Pan et al., 2013). Très petit et sans groupe placebo, cet essai ne permet pas de conclure que le TUDCA ralentit une cirrhose.

Foie gras et insuline : une piste, pas une preuve

C’est l’étude la plus citée par les vendeurs, et ses auteurs rappellent au passage l’usage du TUDCA comme médicament en Europe. Vingt personnes obèses et résistantes à l’insuline ont reçu 1 750 mg de TUDCA par jour ou un placebo pendant quatre semaines. La sensibilité à l’insuline du foie et des muscles s’est améliorée d’environ 30 % sous TUDCA (Kars et al., 2010). Deux détails sont rarement rappelés : la quantité de graisse dans le foie, mesurée par imagerie, n’a pas changé, et les transaminases non plus. L’essai ne montre donc pas que le TUDCA fait reculer un foie gras.

L’UDCA, lui, a été testé à forte dose pendant 18 mois chez 185 patients atteints de stéatohépatite non alcoolique, la forme inflammatoire du foie gras. Il n’a pas amélioré l’état du foie à la biopsie par rapport au placebo (Leuschner et al., 2010). Pour la stéatose, la perte de poids vient loin devant toute gélule, comme nous le détaillons dans notre guide des compléments pour le foie.

Calculs biliaires : l’UDCA fait mieux

Dans un essai italien, 31 patients porteurs de calculs de la vésicule ont pris pendant six mois 10 mg par kilo et par jour de TUDCA ou d’UDCA. Les dissolutions complètes ont été plus fréquentes sous UDCA, qui était aussi mieux toléré (Gallo et al., 1993).

Cerveau : un espoir déçu

Le TUDCA a été étudié dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA, ou maladie de Charcot). Un essai pilote sur 34 patients, à 2 g par jour pendant 54 semaines, avait donné des résultats encourageants (Elia et al., 2016). L’essai européen de confirmation, mené sur 336 participants pendant 18 mois, n’a pas atteint son objectif : aucune différence avec le placebo sur l’évolution du handicap ni sur la survie, selon les résultats annoncés en mars 2024. Les promesses de « neuroprotection » affichées sur certains flacons reposent donc sur des travaux de laboratoire.

« Détox », alcool, musculation : aucun essai

Le TUDCA est populaire en musculation, où il est pris pour « protéger le foie » pendant une cure de stéroïdes anabolisants par voie orale. Nous n’avons trouvé aucun essai chez l’humain sur cet usage, ni sur la consommation d’alcool, ni sur une « détox » chez des personnes en bonne santé. Prendre un complément ne rend pas ces produits moins toxiques pour le foie.

Posologie : quelle dose, à quel moment ?

Il n’existe pas de dose officielle pour le TUDCA en complément alimentaire. Voici celles des essais :

Étude Dose par jour Durée
Cholangite biliaire primitive (Crosignani, 1996) 500, 1 000 ou 1 500 mg 6 mois
Cholangite biliaire primitive (Ma, 2016) 750 mg, en trois prises de 250 mg 24 semaines
Cirrhose (Pan, 2013) 750 mg 6 mois
Sensibilité à l’insuline (Kars, 2010) 1 750 mg 4 semaines

Dans l’essai de recherche de dose, les trois doses ont fait baisser les enzymes sans différence significative entre elles. Les auteurs ont retenu environ 10 mg par kilo et par jour pour les études suivantes.

  • Matin ou soir ? Aucune étude n’a comparé les moments de prise. Dans les essais, la dose est le plus souvent répartie en deux ou trois prises sur la journée.
  • En cas de diarrhée : la notice de l’UDCA demande de réduire la dose, puis d’arrêter si elle persiste. La même règle vaut pour le TUDCA.
  • Combien de temps ? Les essais sur le foie durent de quatre semaines à six mois, sous surveillance médicale. Aucune donnée ne porte sur une prise prolongée par des personnes en bonne santé.

Effets secondaires et dangers du TUDCA

Les effets indésirables connus

Les essais décrivent surtout des troubles digestifs légers. Une revue des études menées avec l’UDCA et le TUDCA relève principalement de la diarrhée, des douleurs abdominales, des nausées et des vomissements, et plus rarement des éruptions cutanées et des démangeaisons (Khalaf et al., 2022). La diarrhée est l’effet le plus constant : dans plusieurs essais recensés par cette revue, quelques patients ont dû arrêter le traitement pour cette raison.

Qui ne doit pas en prendre sans avis médical

Faute de données propres au TUDCA en complément, la prudence consiste à lui appliquer les précautions de son cousin médicament. La notice de l’UDCA le contre-indique en cas d’inflammation aiguë de la vésicule ou des voies biliaires, d’obstruction des voies biliaires, de coliques biliaires fréquentes ou de calculs calcifiés. Elle mentionne aussi, parmi les effets indésirables rapportés, la décompensation d’une cirrhose.

  • Maladie du foie ou de la vésicule : le TUDCA fait baisser les enzymes hépatiques. Il peut donc améliorer un bilan sanguin sans traiter la cause du problème. Parlez-en à votre médecin avant, pas après.
  • Grossesse : aucune donnée pour le TUDCA. Pour l’UDCA, la notice précise qu’il ne doit pas être utilisé pendant la grossesse sauf nécessité absolue, des études chez l’animal ayant montré une toxicité en début de gestation.
  • Allaitement, enfants et adolescents : aucune donnée en complément alimentaire. Abstenez-vous.
  • Douleur sous les côtes à droite, jaunisse, urines foncées : ce sont des motifs de consultation, pas d’automédication.

Interactions médicamenteuses

Celles de l’UDCA sont documentées dans sa notice, et il est raisonnable de les appliquer au TUDCA :

  • la colestyramine et le colestipol (des médicaments contre le cholestérol), les antiacides à base d’hydroxyde d’aluminium et la smectite fixent l’acide biliaire dans l’intestin et empêchent son absorption ;
  • la ciclosporine, un immunosuppresseur, dont l’absorption intestinale peut être modifiée ;
  • les œstrogènes, qui augmentent la sécrétion de cholestérol dans la bile et peuvent favoriser les calculs.

Si vous suivez un traitement au long cours, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Et évitez d’empiler plusieurs produits « pour le foie » : certains sont eux-mêmes mis en cause dans des hépatites (voir notre article sur les associations de compléments à éviter).

Nous n’avons trouvé aucun avis de l’ANSES ou de l’EFSA portant sur le TUDCA en complément alimentaire : ce que l’on sait de sa sécurité vient des essais et de l’expérience acquise avec l’UDCA.

TUDCA, UDCA, NAC ou chardon-Marie ?

  • TUDCA ou UDCA : l’UDCA est un médicament, prescrit et surveillé par un médecin. À dose égale, le TUDCA a fait jeu égal avec lui dans la cholangite biliaire primitive et moins bien sur les calculs. Si votre médecin vous a prescrit de l’UDCA, ne le remplacez pas par un complément.
  • TUDCA ou NAC : la NAC (N-acétylcystéine) agit par une tout autre voie, en fournissant à l’organisme de quoi fabriquer du glutathion, son principal antioxydant. Nous n’avons trouvé aucun essai comparant les deux.
  • TUDCA ou chardon-Marie : le chardon-Marie a été beaucoup plus testé chez l’humain, sans effet démontré sur les maladies du foie mais avec une bonne tolérance. Le desmodium, autre plante populaire, n’a jamais fait l’objet d’un essai contrôlé chez l’humain.

Aucun de ces produits ne remplace les mesures qui ont fait leurs preuves : moins d’alcool, une perte de poids en cas de surpoids, et un suivi médical si vos analyses sont anormales.

Comment bien choisir un complément de TUDCA

Si vous décidez d’en prendre, quatre critères comptent :

  1. Une pureté mesurée, par exemple par HPLC (chromatographie liquide à haute performance, une technique de dosage précise), et pas seulement annoncée.
  2. Une dose par gélule clairement indiquée, pour savoir exactement ce que vous prenez.
  3. Des analyses accessibles sur les métaux lourds et la microbiologie, réalisées par un laboratoire indépendant du fabricant.
  4. Le TUDCA seul, plutôt qu’un mélange « détox » qui associe plusieurs plantes : en cas d’effet indésirable, vous saurez à quoi l’attribuer.

Notre recommandation : le TUDCA de Nutriforce répond à ces quatre critères. Chaque gélule contient 300 mg de TUDCA, dont la pureté a été mesurée à 99,9 % par HPLC. La marque publie une fiche qualité avec les résultats d’un laboratoire indépendant sur les métaux lourds (plomb, arsenic, mercure, cadmium) et la microbiologie. La composition se limite au TUDCA et à une gélule végétale, sans conservateur : un produit simple, transparent, qui permet d’ajuster la dose gélule par gélule.

Questions fréquentes

Quand prendre le TUDCA : le matin ou le soir ?

Aucune étude n’a comparé les deux. Dans les essais, la dose quotidienne est répartie en deux ou trois prises. Si vous avez des selles molles, réduisez la dose.

Trouve-t-on du TUDCA en pharmacie ?

En France, c’est l’UDCA qui est délivré en pharmacie, uniquement sur ordonnance. Le TUDCA se présente, lui, sous forme de complément alimentaire.

Le TUDCA est-il dangereux ?

Dans les essais, il est bien toléré : la diarrhée est l’effet indésirable le plus fréquent. Le vrai risque est de s’en servir pour gérer seul un problème de foie ou de vésicule, ou d’en prendre pendant une grossesse.

Notre avis

Le TUDCA n’est pas une « détox » en gélule. C’est un acide biliaire proche d’un médicament, dont les effets ont été mesurés chez des malades du foie suivis par des spécialistes. Chez eux, il fait baisser les enzymes hépatiques. Chez les personnes en bonne santé, rien n’a été démontré, et l’essai le plus cité n’a pas réduit la graisse du foie. Si vous avez une maladie du foie ou de la vésicule, la décision se prend avec votre médecin, et l’UDCA sur ordonnance reste la référence.

Si vous êtes en bonne santé et souhaitez l’essayer, choisissez un produit pur et analysé, comme le TUDCA Nutriforce, sur une durée limitée, et arrêtez en cas de diarrhée persistante. Pour situer le TUDCA parmi les autres options, consultez notre guide des compléments pour le foie.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.