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Santé et bien-être

Lycopène : bienfaits pour la prostate, la peau et le cœur, dangers et aliments

Le pigment rouge de la tomate a une belle réputation. Les essais cliniques sont plus nuancés : voici ce qui tient, et ce qui ne tient pas.

Par Jérémy Barbier · · 9 min de lecture · mis à jour le

Tomates mûres coupées en deux et bol de concentré de tomate sur une planche en bois

Le lycopène est le pigment rouge de la tomate, un caroténoïde (la famille de pigments végétaux du bêta-carotène) aux propriétés antioxydantes. Les personnes qui en consomment le plus ont un peu moins de cancers de la prostate dans les études d’observation, mais les essais cliniques ne permettent pas d’affirmer qu’un complément protège la prostate, le cœur ou la peau. Il est bien toléré aux doses étudiées, autour de 15 mg par jour ; il peut colorer la peau en orangé à forte dose et il est déconseillé pendant la grossesse.

Le lycopène, c’est quoi ?

Le lycopène est un pigment fabriqué par certaines plantes, que l’organisme humain ne sait pas produire. Contrairement au bêta-carotène, il n’est pas transformé en vitamine A. Il se dissout dans les graisses, et c’est en laboratoire un antioxydant, c’est-à-dire une molécule capable de neutraliser des composés réactifs qui abîment les cellules.

D’après l’évaluation publiée par l’EFSA en 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, un adulte européen en reçoit en moyenne 0,04 à 0,1 mg par kilo de poids corporel et par jour par son alimentation, soit 3 à 7 mg pour une personne de 70 kg. Le lycopène des compléments est extrait de la tomate, produit par synthèse ou obtenu à partir d’un champignon, Blakeslea trispora. Il sert aussi de colorant alimentaire, sous le code E 160d.

Dans quels aliments trouve-t-on du lycopène ?

La tomate et ses dérivés dominent largement. L’EFSA relève les teneurs les plus élevées dans les tomates, surtout séchées ou en concentré, dans la pastèque et dans le cynorrhodon, le fruit de l’églantier. Sauces, coulis, soupes et ketchup comptent donc autant que la tomate en salade.

Tomate cuite ou tomate crue ?

Cuite, et avec un peu d’huile. Dans une étude allemande, des volontaires ont reçu la même quantité de lycopène (23 mg), soit sous forme de tomates fraîches, soit sous forme de concentré de tomate, avec 15 g d’huile dans les deux cas. Après le concentré, le pic de lycopène mesuré dans le sang était 2,5 fois plus élevé, et la quantité totale absorbée 3,8 fois supérieure. La transformation de la tomate libère le pigment, et les graisses du repas facilitent son absorption.

À titre de repère, 40 g de concentré de tomate apportent environ 16 mg de lycopène : c’est la ration utilisée dans un essai sur la peau que nous détaillons dans notre article sur les compléments pour le bronzage.

Les bienfaits du lycopène selon les études

Effet recherché Ce que montrent les études Solidité des preuves
Prévention du cancer de la prostate Risque un peu plus faible chez les gros consommateurs Observation seulement, essais insuffisants
Hypertrophie bénigne de la prostate Prostate stable et PSA en baisse Un essai pilote de 40 hommes
Peau et soleil Rougeur moins intense après UV, seuil du coup de soleil inchangé Essais modestes, résultats inégaux
Cœur, tension, cholestérol Pas d’effet significatif en moyenne Synthèse de 43 essais, résultats contradictoires

Lycopène et prostate

C’est l’usage le plus connu, et il repose surtout sur des études d’observation. Une méta-analyse de 42 études regroupant 692 012 participants conclut que les hommes qui consomment le plus de lycopène, ou qui en ont le plus dans le sang, ont un risque de cancer de la prostate inférieur de 12 %. Ce type d’étude ne prouve pas que le lycopène en est la cause : les gros mangeurs de tomates diffèrent des autres par bien d’autres aspects (alimentation, poids, activité physique).

Les essais cliniques, eux, ne tranchent pas. La revue Cochrane consacrée à la prévention du cancer de la prostate n’a retenu que trois essais randomisés, soit 154 participants, dont deux à haut risque de biais. Sa conclusion : les preuves sont insuffisantes pour soutenir ou pour écarter l’usage du lycopène.

Pour l’hypertrophie bénigne de la prostate, l’augmentation de volume liée à l’âge, un essai pilote allemand a comparé 15 mg de lycopène par jour à un placebo chez 40 hommes pendant six mois. Sous lycopène, le PSA (une protéine produite par la prostate, dosée dans le sang) a baissé et la prostate n’a pas grossi, alors qu’elle augmentait de volume sous placebo. Les symptômes urinaires se sont améliorés dans les deux groupes, davantage sous lycopène. Ce résultat encourageant n’a pas été confirmé par un essai de plus grande taille. Notre guide des compléments pour la prostate le compare au saw palmetto et aux autres plantes.

Lycopène et peau

L’idée est séduisante : un pigment antioxydant qui se dépose dans la peau la protégerait du soleil. Le plus grand essai, mené en double aveugle chez 149 volontaires en Allemagne et au Royaume-Uni, a testé pendant 12 semaines un complexe de tomate apportant 15 mg de lycopène, accompagné d’autres caroténoïdes et d’extrait de romarin. Le seuil de déclenchement du coup de soleil n’a pas changé par rapport au placebo. En revanche, la rougeur mesurée après une exposition aux UVB était moins intense, et deux marqueurs d’inflammation de la peau augmentaient moins.

Autrement dit, l’effet existe peut-être, mais il est faible, il a été obtenu avec un mélange et non avec du lycopène seul, et il ne dispense jamais de crème solaire. Nous n’avons trouvé aucun essai montrant un effet sur les rides, l’acné ou les taches. D’autres pistes sont passées en revue dans notre guide des compléments pour la peau.

Lycopène, cœur et hypertension

Les résultats se contredisent. La synthèse la plus complète a rassemblé 43 essais, avec des doses allant de 1,44 à 75 mg par jour, sous forme de compléments ou de produits à base de tomate. Ses méta-analyses ne trouvent pas de différence significative avec les groupes témoins, ni pour la tension artérielle, ni pour le cholestérol total, le LDL, le HDL ou les triglycérides, y compris chez les personnes dont les valeurs de départ étaient élevées. Certains essais isolés rapportent une baisse de la tension, d’autres non.

Le lycopène n’est donc ni un traitement de l’hypertension ni un traitement du cholestérol. Les options mieux étayées sont détaillées dans notre guide des compléments contre le cholestérol.

Lycopène et cheveux

Cet usage circule en ligne. Nous n’avons trouvé aucun essai clinique montrant que le lycopène fait pousser les cheveux ou freine leur chute.

Quelle dose de lycopène par jour ?

  • Dans les essais : 15 mg par jour dans l’essai sur la prostate et dans le grand essai sur la peau ; de 1,44 à 75 mg dans les essais cardiovasculaires.
  • Limite de sécurité : l’EFSA retient une dose journalière admissible de 0,5 mg par kilo de poids corporel, toutes sources confondues (alimentation, colorants et compléments), soit 35 mg par jour pour un adulte de 70 kg.
  • Prise : au cours d’un repas contenant des graisses, puisque le lycopène est mieux absorbé avec elles.
  • Durée : 12 semaines dans le grand essai sur la peau, six mois dans l’essai sur la prostate. Aucune donnée ne porte sur plusieurs années de prise.

Dangers et effets secondaires du lycopène

Dans les essais cités ici, le lycopène a été bien toléré. Quatre points méritent toutefois d’être connus.

Une peau orangée à forte dose

Consommé en excès, le lycopène se dépose dans la couche superficielle de la peau et lui donne une teinte jaune orangé, surtout visible sur les paumes et la plante des pieds. Des dermatologues japonais en ont décrit un cas lié à une consommation excessive de fruits et légumes riches en lycopène. Le phénomène est bénin et régresse quand les apports diminuent.

Grossesse : à éviter en complément

C’est le signal le plus sérieux. Dans un essai indien en double aveugle, 159 femmes enceintes de leur premier enfant ont reçu 2 mg de lycopène par jour ou un placebo jusqu’à l’accouchement. Le complément n’a pas réduit le risque de prééclampsie, une complication de la grossesse marquée par une hypertension. Surtout, les accouchements prématurés ont été plus fréquents sous lycopène (10,39 % contre 1,22 %), de même que les bébés de petit poids (22,08 % contre 9,76 %). Un seul essai ne suffit pas à établir un lien de cause à effet, mais il justifie de ne pas prendre de complément de lycopène pendant la grossesse. Les tomates de l’alimentation ne sont pas en cause.

Lycopène et fumeurs : un danger réel ?

Cette crainte vient d’un autre caroténoïde. Dans un grand essai finlandais mené chez 29 133 fumeurs, 20 mg de bêta-carotène par jour pendant cinq à huit ans ont augmenté de 18 % la fréquence des cancers du poumon. Aucun essai de cette ampleur n’a été mené avec le lycopène : rien ne montre qu’il présente le même risque, mais rien ne prouve non plus qu’un complément fortement dosé soit sans danger chez un fumeur. Si vous fumez, privilégiez la tomate dans l’assiette et évitez en tout cas les formules qui ajoutent du bêta-carotène.

Enfants et traitements en cours

  • Enfants : selon l’EFSA, les jeunes enfants qui en consomment le plus peuvent déjà dépasser la dose journalière admissible avec leur seule alimentation, colorants et aliments enrichis compris. Un complément de lycopène n’a pas sa place chez eux.
  • Traitements : nous n’avons trouvé aucune interaction médicamenteuse établie par un essai. Si vous prenez un traitement contre l’hypertension ou êtes suivi pour un cancer de la prostate, signalez le complément à votre médecin : il ne remplace ni le traitement ni la surveillance.

Comment bien choisir un complément de lycopène

  1. La source du lycopène : tomate, synthèse ou champignon. Un extrait de tomate reste le plus proche de ce que l’on trouve dans l’assiette.
  2. Une composition courte, sans bêta-carotène ajouté si vous fumez ou avez fumé.
  3. Des conseils de prise clairs : au cours d’un repas contenant des graisses.
  4. Des précautions affichées, en particulier pour la grossesse.

Notre recommandation : le lycopène de Nutriforce correspond à ces critères. Son lycopène est extrait de la tomate, dans une gélule végétale (HPMC) dont la composition tient en deux ingrédients : du lycopène et du citrate de magnésium comme agent de charge, sans bêta-carotène, sans OGM ni conservateur. La fiche conseille de le prendre au cours d’un repas contenant des graisses, ce qui est la bonne façon de l’absorber. Elle le déconseille aux femmes enceintes et allaitantes, la précaution qui compte le plus.

Questions fréquentes

Quelle dose de lycopène prendre par jour ?

Les essais utilisent le plus souvent 15 mg par jour. La limite retenue par l’EFSA est de 0,5 mg par kilo de poids et par jour, toutes sources confondues, soit 35 mg pour un adulte de 70 kg.

Le lycopène est-il dangereux pour les fumeurs ?

Le risque démontré concerne le bêta-carotène à forte dose, pas le lycopène, pour lequel aucun essai comparable n’existe. Par prudence, un fumeur a intérêt à chercher son lycopène dans l’alimentation.

La tomate cuite apporte-t-elle plus de lycopène ?

Elle l’apporte surtout sous une forme mieux absorbée : à quantité égale, le concentré de tomate fait monter le lycopène sanguin 2,5 fois plus haut que la tomate fraîche. Ajoutez un filet d’huile.

Le lycopène protège-t-il la prostate ?

Les hommes qui en consomment beaucoup ont un risque de cancer de la prostate un peu plus faible dans les études d’observation, mais les essais cliniques sont trop petits pour conclure. Un complément ne remplace ni le suivi médical ni le dépistage décidé avec votre médecin.

Le lycopène fait-il baisser la tension ?

Certains essais l’observent, d’autres non, et la synthèse de 43 essais ne retrouve pas d’effet significatif. Il ne remplace pas un traitement de l’hypertension.

Le lycopène de la tomate est-il dangereux ?

Non aux quantités apportées par l’alimentation. Le seul effet connu d’une consommation très excessive est une coloration orangée de la peau, sans gravité.

Notre avis

Le lycopène illustre l’écart entre une réputation et des preuves : des études d’observation encourageantes pour la prostate, un essai pilote prometteur, mais aucune démonstration solide pour la prostate, le cœur ou la peau. La première mesure est alimentaire : des tomates cuites, en sauce ou en concentré, avec un peu d’huile, plusieurs fois par semaine. Si vous n’en mangez pas ou souhaitez un apport régulier, un complément simple à base de tomate, comme le lycopène Nutriforce, se défend, en dehors de la grossesse et sans attendre de lui ce qu’aucun essai n’a montré.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.