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Santé et bien-être

Nattokinase : bienfaits, dangers, contre-indications et posologie

Une enzyme du soja fermenté qui fluidifie le sang : c'est sa promesse, et c'est aussi son danger. Ce que montrent les essais.

Par Jérémy Barbier · · 9 min de lecture · mis à jour le

Bol de natto, des graines de soja fermentées aux filaments collants, à côté de quelques gélules blanches

La nattokinase est une enzyme extraite du natto, un plat japonais de soja fermenté, capable de dégrader la fibrine, la protéine qui forme l’armature des caillots sanguins. Chez l’humain, les essais montrent une baisse modeste de la tension artérielle, mais le plus long d’entre eux, mené pendant trois ans, n’a trouvé aucun effet sur l’épaississement des artères. Son principal danger découle de son mode d’action : elle peut favoriser les saignements, surtout associée à l’aspirine ou à un anticoagulant, et doit être signalée puis arrêtée avant une chirurgie.

Qu’est-ce que la nattokinase ?

Le natto est obtenu en faisant fermenter des graines de soja cuites avec une bactérie, Bacillus subtilis natto. C’est elle qui produit la nattokinase, une enzyme dite fibrinolytique : elle découpe la fibrine.

Deux points à connaître avant d’aller plus loin :

  • Son activité se mesure en FU, pour unités fibrinolytiques, et non en milligrammes. L’extrait de référence évalué par l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, contient 20 000 à 28 000 FU par gramme : 100 mg correspondent donc à 2 000 à 2 800 FU.
  • Le natto et la nattokinase ne sont pas équivalents. Le plat est riche en vitamine K2, qui participe à la coagulation et s’oppose à certains anticoagulants. Dans l’extrait évalué par l’EFSA, cette vitamine est retirée au cours de la fabrication.

Une enzyme avalée agit-elle vraiment dans le sang ?

La question reste ouverte. Dans son avis de 2016, l’EFSA note que les données disponibles ne permettent pas de conclure sur l’absorption de l’enzyme active après une prise par la bouche. Un effet biologique a pourtant été mesuré : dans un essai japonais croisé contre placebo mené chez 12 hommes jeunes, une dose unique de 2 000 FU a augmenté les produits de dégradation de la fibrine et allongé un temps de coagulation dans les heures suivantes. Toutes les valeurs restaient dans les normes.

Retenez ceci : la nattokinase modifie légèrement la coagulation. C’est ce qui nourrit l’espoir de bienfaits, et c’est ce qui fonde les précautions.

Les bienfaits de la nattokinase selon les études

Effet recherché Ce que montrent les essais Solidité des preuves
Tension artérielle Baisse de 3 à 4 mmHg de la tension systolique Méta-analyse de 6 essais, non confirmée par l’essai le plus long
Artères (athérosclérose) Aucun effet à 2 000 FU par jour pendant 3 ans Un essai randomisé de 265 personnes
Cholestérol Pas de baisse Méta-analyse de 6 essais
Prévention des caillots, de l’AVC, de l’infarctus Aucun essai clinique Non démontré
Yeux, inflammation Études chez l’animal ou en laboratoire Non démontré

Tension artérielle : un effet modeste

Une méta-analyse de 2023 a regroupé six essais randomisés et 546 participants. La nattokinase y réduit la tension systolique (le premier chiffre) de 3,45 mmHg et la diastolique de 2,32 mmHg par rapport au placebo. C’est un effet réel mais faible, et l’essai le plus long, présenté ci-dessous, ne le retrouve pas chez des personnes en bonne santé. Les nitrates de la betterave abaissent eux aussi la tension de quelques millimètres de mercure, sans agir sur la coagulation.

Artères : l’essai le plus solide est négatif

L’essai américain NAPS est le seul de grande durée. 265 personnes de 65 ans d’âge médian, sans maladie cardiovasculaire, ont pris 2 000 FU de nattokinase par jour ou un placebo pendant trois ans en médiane. Résultat : aucune différence sur l’épaississement de la paroi des carotides ni sur la rigidité des artères, mesurés par échographie tous les six mois. Aucun effet non plus sur la tension ni sur les analyses de sang (coagulation, fibrinolyse, inflammation).

Une étude chinoise souvent citée affirme le contraire : chez 1 062 personnes ayant pris 10 800 FU par jour pendant un an, la plaque carotidienne et le cholestérol auraient reculé, alors que 3 600 FU par jour restaient sans effet. Mais c’est une analyse rétrospective de dossiers, sans groupe placebo ni tirage au sort, ce que ses auteurs reconnaissent. Elle ne peut pas prouver l’efficacité d’une dose élevée ; elle justifie seulement un essai contrôlé.

Cholestérol : pas de baisse démontrée

La méta-analyse de 2023 ne trouve aucun effet favorable sur les lipides : le cholestérol total était même un peu plus élevé sous nattokinase que dans les groupes témoins, et la glycémie légèrement augmentée. Si votre objectif est le cholestérol, d’autres options sont mieux étayées, comme l’explique notre guide des compléments contre le cholestérol.

Caillots, phlébite, AVC : aucune preuve clinique

Modifier un paramètre de laboratoire n’est pas prévenir un accident. Aucun essai ne montre que la nattokinase réduit le nombre d’infarctus, d’AVC, de phlébites ou d’embolies. Elle ne remplace en aucun cas un anticoagulant prescrit, comme l’illustre un cas détaillé plus bas.

Yeux et inflammation

Pour les yeux, nous n’avons trouvé que des études chez l’animal, aucune chez l’humain. Il en va de même pour l’effet anti-inflammatoire, observé en laboratoire.

Dangers et effets secondaires de la nattokinase

Le risque de saignement

Dans les essais, la nattokinase est bien tolérée : la méta-analyse ne relève aucun effet indésirable notable. Mais ces essais écartent les personnes à risque, et les accidents publiés concernent justement ces profils.

  • Une femme de 52 ans, sous aspirine à faible dose après un premier AVC, a fait une hémorragie du cervelet après sept jours de nattokinase à 400 mg par jour. L’IRM a révélé de multiples micro-saignements cérébraux, signe de petits vaisseaux fragiles.
  • Une femme âgée qui prenait de la nattokinase en vente libre pour une fibrillation atriale, sans aspirine ni anticoagulant, est décédée d’une hémorragie dans l’abdomen.

Ces cas isolés ne prouvent pas que la nattokinase en est la seule cause, mais ils sont cohérents avec son effet sur la coagulation. Consultez sans attendre en cas de saignements de nez répétés, de bleus inexpliqués, de sang dans les urines ou les selles, ou de mal de tête brutal et inhabituel.

Ne remplacez jamais un anticoagulant

Un patient porteur d’une valve cardiaque mécanique a remplacé de lui-même son anticoagulant, la warfarine, par de la nattokinase. Au bout de près d’un an, un caillot s’était formé sur la valve et il a fallu l’opérer de nouveau. Les chirurgiens qui rapportent ce cas déconseillent fermement cette substitution.

Avant une chirurgie ou un geste invasif

Tout produit qui agit sur la coagulation complique une opération. La Société américaine des anesthésistes rappelle que certains compléments augmentent le risque de saignement et que l’anesthésiste peut demander de les arrêter au moins deux semaines avant l’intervention. Pour la nattokinase, appliquez cette règle : mentionnez-la en consultation d’anesthésie et arrêtez-la deux semaines avant une chirurgie programmée, une extraction dentaire ou une endoscopie avec prélèvement, sauf avis contraire de votre médecin.

Qui doit s’abstenir ?

Situation Pourquoi Conseil
Anticoagulant (antivitamine K, apixaban, rivaroxaban, héparine) Effets qui peuvent s’additionner, sécurité non établie À éviter sans accord du médecin
Aspirine, clopidogrel, anti-inflammatoires Hémorragie cérébrale publiée sous aspirine À éviter sans accord du médecin
Trouble de la coagulation, antécédent d’hémorragie Risque de saignement accru À éviter
Chirurgie ou geste invasif prévu Risque de saignement Arrêt deux semaines avant
Grossesse, allaitement Exclues de l’évaluation européenne À éviter
Allergie au soja Produit issu du soja À éviter
Traitement contre l’hypertension Baisse de tension qui peut s’ajouter Avis médical

Ne l’ajoutez pas non plus sans avis à d’autres compléments qui appellent à la prudence en cas de risque de saignement, comme le ginkgo ou les oméga 3 à forte dose. Notre dossier sur les associations de compléments à éviter fait le point.

Ce que disent les autorités européennes

L’EFSA a évalué en 2016 un extrait de soja fermenté standardisé en nattokinase. Elle l’a jugé sûr à 100 mg par jour, soit 2 800 FU au plus, pour des adultes en bonne santé, hors femmes enceintes et allaitantes. Elle précise que les études chez l’humain étaient trop petites et trop discordantes pour conclure, et que son avis repose sur les études de toxicité chez l’animal. Pour l’allergie, elle estime le risque comparable à celui des autres produits à base de soja.

La décision européenne de 2017 qui a suivi vise les adultes, à l’exclusion des femmes enceintes et allaitantes, et demande d’informer les consommateurs : les personnes qui prennent des médicaments ne doivent consommer cet extrait que sous surveillance médicale.

Posologie : quelle dose et quand la prendre ?

  • Dose étudiée : 2 000 FU par jour dans l’essai de trois ans et dans l’étude sur la coagulation, ce qui correspond à environ 100 mg de l’extrait évalué par l’EFSA. Comparez toujours les produits en FU, pas en milligrammes.
  • Doses élevées : les 10 800 FU par jour de l’étude chinoise n’ont pas été comparés à un placebo.
  • Quand la prendre : aucun essai n’a comparé les moments de prise. L’effet sur la coagulation a été mesuré entre 2 et 8 heures après la prise. Prenez-la à heure régulière, en suivant l’étiquette.
  • Durée : de quelques semaines à trois ans dans les essais. Si vous la prenez pour la tension, mesurez celle-ci avant et après deux mois : sans changement, il n’y a pas de raison de continuer.

Comment bien choisir une nattokinase

  1. Une activité exprimée en FU, vérifiée par une analyse, et pas seulement un poids en milligrammes.
  2. L’absence de vitamine K2, confirmée par le certificat d’analyse.
  3. Une composition simple : la nattokinase seule, sans levure de riz rouge ni autre actif ajouté.
  4. Des analyses publiées (métaux lourds, microbiologie), réalisées par un laboratoire indépendant.
  5. Des contre-indications clairement affichées : pour ce produit, c’est le critère qui en dit le plus sur le sérieux d’un fabricant.

Notre recommandation : la nattokinase de Nutriforce répond à ces critères. Elle est issue de la fermentation par Bacillus subtilis natto, seule dans une gélule végétale (HPMC), et sa fiche qualité publie le certificat d’un laboratoire indépendant : activité enzymatique mesurée en FU, absence de vitamine K2, métaux lourds et microbiologie conformes. Surtout, la fiche produit affiche les précautions qui comptent : elle la déconseille aux personnes sous anticoagulant, à celles qui ont un trouble de la coagulation, ainsi qu’aux femmes enceintes et allaitantes.

Questions fréquentes

La nattokinase est-elle dangereuse ?

Chez un adulte en bonne santé qui ne prend aucun médicament, les essais ne montrent pas d’effet indésirable notable à 2 000 FU par jour. Elle devient dangereuse dans les situations à risque de saignement : anticoagulant, aspirine, trouble de la coagulation, chirurgie proche.

Quelles sont les contre-indications de la nattokinase ?

Les traitements anticoagulants et antiagrégants (aspirine, clopidogrel), les troubles de la coagulation, les antécédents d’hémorragie, la grossesse, l’allaitement, l’allergie au soja et les deux semaines qui précèdent une opération.

Peut-on prendre de la nattokinase avec de l’aspirine ?

Non, sauf accord explicite de votre médecin. Une hémorragie cérébrale a été publiée chez une patiente qui associait les deux.

Quand prendre la nattokinase : matin ou soir ?

Aucune étude ne permet de trancher. Choisissez un moment fixe et respectez la dose de l’étiquette.

La nattokinase fait-elle baisser le cholestérol ?

Non : la méta-analyse des essais randomisés ne montre aucune baisse. La seule étude favorable n’avait pas de groupe placebo.

La nattokinase a-t-elle des bienfaits pour les yeux ?

Aucun essai chez l’humain ne le montre. Les travaux existants ont été menés chez l’animal.

Notre avis

La nattokinase agit bien sur la coagulation, et c’est toute l’ambiguïté : l’effet mesurable est faible, le bénéfice clinique n’est pas démontré, et le risque se concentre sur les personnes qui en attendent le plus, celles qui ont déjà une maladie cardiovasculaire et un traitement. Si vous êtes en bonne santé, sans médicament ni opération prévue, un essai de deux mois pour une tension un peu élevée peut se concevoir, avec un produit analysé et transparent sur ses contre-indications comme la nattokinase Nutriforce, et en le signalant à votre médecin. Dans tous les autres cas, c’est à lui de décider.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.