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Stress, sommeil et énergie

Apigénine : bienfaits, sommeil, dosage et effets secondaires

Vedette des compléments pour dormir, l'apigénine n'a été testée chez l'humain qu'à travers la camomille. Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore encore.

Par Jérémy Barbier · · 9 min de lecture · mis à jour le

Fleurs de camomille séchées et gélules blanches d'apigénine sur une table en bois clair

L’apigénine est un flavonoïde présent dans la camomille, le persil et le céleri, vendu en complément surtout pour le sommeil et la détente. Ses effets calmants sont bien décrits chez l’animal. Chez l’humain, les preuves viennent d’essais menés avec des extraits de camomille, qui montrent un bénéfice modeste sur l’anxiété et sur la qualité ressentie du sommeil, mais pas sur l’insomnie installée. Aucun essai contrôlé n’a encore testé l’apigénine seule pour dormir. Elle semble bien tolérée, avec des précautions en cas de traitement sédatif ou anticoagulant, d’allergie à la camomille et pendant la grossesse.

L’apigénine, c’est quoi ?

L’apigénine appartient à la famille des flavonoïdes, des pigments que les plantes fabriquent pour se protéger. On en trouve dans le persil, le céleri, l’oignon, la camomille, le thym, l’origan, le thé ou les agrumes, le plus souvent liée à un sucre (Kramer et Johnson, 2024). Les extraits de camomille utilisés dans les essais cliniques en contiennent environ 1 %.

Les compléments apportent de l’apigénine purifiée, extraite de plantes qui en contiennent, à des doses qui vont de quelques milligrammes à plusieurs dizaines de milligrammes par gélule selon les marques.

Son absorption est partielle et varie selon la forme avalée. Dans une étude menée chez des hommes en bonne santé, les chercheurs ont retrouvé dans les urines, sous forme de métabolites, 0,5 % de la dose d’apigénine libre, 11 % après une boisson au persil et 34 % après une tisane de camomille, où l’apigénine est liée à un glucose. Une partie seulement de ce que l’on avale atteint donc la circulation.

Les bienfaits de l’apigénine selon les études

Effet recherché Ce que montrent les études Solidité des preuves
Sommeil Effet calmant chez l’animal ; qualité du sommeil un peu meilleure avec la camomille, pas d’effet sur l’insomnie Indirecte : aucun essai avec l’apigénine seule
Anxiété Baisse modeste de l’anxiété avec un extrait de camomille titré en apigénine Un essai contre placebo, à confirmer
Testostérone Production d’hormones stimulée dans des cellules de souris Laboratoire uniquement
Vieillissement (NAD+) Hausse du NAD+ chez la souris Animal uniquement
Cancer Action sur des cellules cancéreuses en laboratoire Aucune preuve chez l’humain

Sommeil : une piste sérieuse, pas encore une preuve

Tout part d’une observation de laboratoire. En 1995, une équipe argentine a isolé l’apigénine de la camomille et montré qu’elle se fixe sur les récepteurs des benzodiazépines, la cible de nombreux anxiolytiques et somnifères. Chez la souris, elle réduisait l’anxiété sans endormir, et une dose dix fois plus forte produisait une légère sédation (Viola et al., 1995).

Chez l’humain, les données concernent la camomille, pas l’apigénine isolée. Dans un essai mené chez 34 adultes souffrant d’insomnie chronique, 270 mg d’extrait de camomille deux fois par jour pendant 28 jours, soit au moins 15 mg d’apigénine par jour, n’ont pas fait mieux que le placebo sur la durée du sommeil, le délai d’endormissement ou le nombre de réveils. Une méta-analyse de 2024 (10 essais, 772 participants) relève une amélioration de la qualité du sommeil mesurée par questionnaire, avec des résultats très variables d’un essai à l’autre, mais aucun gain sur la durée ni sur l’efficacité du sommeil.

Bilan : l’apigénine est un candidat crédible pour la détente du soir, mais la revue de Kramer et Johnson le dit sans détour : il manque des essais cliniques menés avec l’apigénine seule, et non avec la camomille.

Anxiété : des résultats encourageants avec la camomille

C’est sur l’anxiété que les essais sont les plus favorables. Dans un essai américain de 2009, 57 adultes atteints d’un trouble anxieux généralisé léger à modéré ont reçu pendant 8 semaines un placebo ou un extrait de camomille titré à 1,2 % d’apigénine, à raison d’une à cinq gélules de 220 mg par jour (environ 3 à 13 mg d’apigénine). Le score d’anxiété a baissé davantage sous camomille, un effet que les auteurs qualifient eux-mêmes de modeste. Le centre américain de référence sur les médecines complémentaires (NCCIH) parle de résultats préliminaires (NCCIH).

La camomille contient d’autres composés actifs que l’apigénine : cet essai ne permet pas de lui attribuer tout l’effet. Pour le stress, d’autres pistes sont mieux étudiées, comme la L-théanine ou les plantes de notre guide des compléments contre le stress.

Testostérone : des cellules en culture, rien chez l’homme

L’apigénine est souvent présentée comme un soutien de la testostérone. L’origine de cette idée est une étude sur des cellules de souris : ajoutée à des cellules de Leydig (celles qui fabriquent la testostérone dans les testicules), l’apigénine augmentait la production d’une protéine clé et celle d’hormones stéroïdes. Nous n’avons trouvé aucun essai mesurant la testostérone chez des hommes supplémentés. À ce stade, l’effet n’est pas démontré ; les options étudiées chez l’humain sont passées en revue dans notre guide des boosters de testostérone naturels.

Vieillissement et NAD+ : une hypothèse venue de la souris

L’apigénine freine une enzyme appelée CD38, qui consomme le NAD+, une molécule indispensable à la production d’énergie des cellules et dont le taux baisse avec l’âge. Chez la souris, elle fait remonter le NAD+, rapporte la revue de Kramer et Johnson. Aucune donnée n’existe chez l’humain. La même logique a fait le succès du NMN, un précurseur du NAD+.

Cancer : aucune preuve chez l’humain

En laboratoire, l’apigénine agit sur des cellules cancéreuses. Une analyse canadienne de 2021 rappelle que l’alimentation ne permet pas d’atteindre les concentrations actives et que les études cliniques manquent. Un complément d’apigénine ne prévient ni ne soigne un cancer ; en cours de traitement, n’en prenez pas sans l’accord de votre oncologue.

Apigénine, tisane de camomille ou persil ?

  • La tisane de camomille apporte l’apigénine sous la forme la mieux absorbée dans l’étude citée plus haut, mais en quantité variable et non mesurée d’une tasse à l’autre. C’est un rituel du soir agréable, pas une dose.
  • Le persil en est une source riche. Dans la même étude, l’apigénine d’une boisson au persil passait dans le sang plus lentement et moins complètement que celle de la camomille.
  • Le complément fournit une quantité connue et constante d’apigénine, sans les autres composés de la plante.

Quelle dose et à quel moment ?

  • Dose : il n’existe pas de dose validée pour l’apigénine seule. Les extraits de camomille des essais apportaient environ 3 à 13 mg d’apigénine par jour dans l’essai sur l’anxiété, et au moins 15 mg dans l’essai sur l’insomnie. Les doses nettement plus élevées parfois conseillées sur internet ne reposent sur aucun essai clinique publié.
  • Moment : aucune étude n’a comparé les horaires. Pour une molécule calmante, une prise le soir, une à deux heures avant le coucher, est le choix logique.
  • Durée : les essais cités durent de 4 à 8 semaines. Faites le point au bout d’un mois.

Effets secondaires, dangers et contre-indications

Une bonne tolérance dans les essais

Dans les deux essais cités, les effets indésirables n’étaient pas plus fréquents sous camomille que sous placebo. Le NCCIH juge les effets secondaires de la camomille peu fréquents : nausées, vertiges, réactions allergiques. L’apigénine concentrée en gélule a été beaucoup moins étudiée que la plante.

Somnolence et médicaments sédatifs

À forte dose, l’apigénine est légèrement sédative chez l’animal. Par prudence, ne l’associez pas à un somnifère, à un anxiolytique ou à l’alcool sans avis médical, et évitez de conduire après la prise tant que vous ne connaissez pas votre réaction.

Allergie à la camomille et aux plantes voisines

Le NCCIH signale de rares réactions allergiques graves à la camomille, plus probables chez les personnes allergiques à l’ambroisie, aux chrysanthèmes, aux soucis ou aux marguerites. Si c’est votre cas, vérifiez l’origine botanique de l’apigénine avant d’en prendre.

Anticoagulants

Des médecins canadiens ont décrit le cas d’une femme de 70 ans sous warfarine, hospitalisée pour des hémorragies internes après avoir utilisé des produits à la camomille, en tisane et en lotion (Segal et Pilote, 2006). Un cas isolé ne prouve pas que la camomille était seule en cause, mais si vous prenez un anticoagulant, demandez l’avis de votre médecin avant d’essayer l’apigénine.

Grossesse, allaitement, enfants

Selon le NCCIH, on sait peu de chose sur la sécurité de la camomille pendant la grossesse et l’allaitement, et aucune donnée ne porte sur l’apigénine concentrée. Abstenez-vous dans ces situations, et n’en donnez pas à un enfant.

Autres traitements

Des interactions ont été rapportées entre la camomille et certains médicaments transformés par le foie. Si vous suivez un traitement au long cours, signalez la prise d’apigénine à votre médecin ou à votre pharmacien. Nous n’avons pas trouvé d’avis de l’ANSES ni de l’EFSA consacré à l’apigénine en complément.

Comment bien choisir un complément d’apigénine

  1. Une pureté mesurée. Le fabricant doit indiquer la pureté de son apigénine et la méthode d’analyse (HPLC, la technique de référence pour doser une molécule).
  2. Des analyses d’un laboratoire indépendant, sur les métaux lourds et la microbiologie.
  3. Une formule simple. Beaucoup de produits « sommeil » mélangent apigénine, mélatonine et plantes sédatives : impossible alors de savoir ce qui agit, et le risque de somnolence s’additionne.
  4. Une gélule végétale, sans dioxyde de titane.
  5. Des précautions d’emploi affichées, notamment pour la grossesse.

Notre recommandation : l’apigénine de Nutriforce répond à ces critères. Sa fiche qualité, publiée sur la page du produit, indique une pureté de 98,10 % mesurée par HPLC et des analyses d’un laboratoire indépendant conformes pour les métaux lourds (plomb, arsenic, mercure, cadmium) et la microbiologie. La formule tient en trois ingrédients : apigénine, gomme d’acacia et gélule végétale, sans mélatonine ni plante sédative ajoutée. Son dosage modéré reste dans l’ordre de grandeur de l’apigénine apportée par les extraits de camomille des essais, et la marque déconseille la prise pendant la grossesse et l’allaitement.

Questions fréquentes

L’apigénine fait-elle vraiment dormir ?

Elle calme l’animal de laboratoire, et la camomille qui en contient améliore un peu la qualité ressentie du sommeil. En revanche, aucun essai contrôlé n’a testé l’apigénine seule, et l’extrait de camomille n’a pas fait mieux que le placebo chez des insomniaques chroniques. Attendez-vous à une aide à la détente, pas à l’effet d’un somnifère.

Quelle différence entre l’apigénine et la tisane de camomille ?

La tisane contient de l’apigénine liée à un sucre, bien absorbée, mais en quantité variable, avec d’autres composés de la plante. Le complément apporte une quantité connue d’apigénine purifiée. Les essais cliniques ont utilisé des extraits de camomille en gélules, ni la tisane ni l’apigénine isolée.

Le persil est-il une bonne source d’apigénine ?

Oui, il en contient beaucoup, comme le céleri et la camomille. Son apigénine est toutefois absorbée lentement et en partie seulement. En manger reste une bonne habitude, sans effet démontré sur le sommeil.

L’apigénine a-t-elle des effets secondaires ?

Peu d’effets sont rapportés. Les points de vigilance sont la somnolence, surtout en association avec un sédatif ou l’alcool, l’allergie à la camomille et aux plantes voisines, et la prise d’un anticoagulant. Elle est déconseillée pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données.

L’apigénine agit-elle contre le cancer ?

Seulement sur des cellules en laboratoire et chez l’animal. Aucune étude ne montre qu’un complément d’apigénine prévient ou freine un cancer chez l’humain.

L’apigénine est-elle bonne pour les cheveux ?

Nous n’avons trouvé aucun essai chez l’humain. Les seuls travaux portent sur l’animal, avec une application sur la peau et non une prise par la bouche : rien ne permet d’attendre un effet sur la chute de cheveux avec des gélules.

Notre avis

L’apigénine repose sur une base scientifique réelle, mais indirecte : un mécanisme plausible, des résultats nets chez l’animal, et des essais chez l’humain menés avec la camomille plutôt qu’avec la molécule seule. Les promesses sur la testostérone ou la longévité ne reposent que sur des travaux de laboratoire. Si vous cherchez une aide douce pour décrocher le soir, sans traitement sédatif ni anticoagulant en cours, un essai de quatre semaines avec un produit pur et analysé, comme l’apigénine Nutriforce, se défend ; sans bénéfice ressenti au bout d’un mois, inutile de poursuivre.

Pour situer l’apigénine parmi les autres options, de la mélatonine à la glycine, consultez notre guide des meilleurs compléments pour le sommeil.

Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.