Extrait 10:1, titrage, extrait standardisé : ce que signifient ces chiffres
Ratio d'extraction, titrage, extrait standardisé : trois notions à maîtriser pour savoir ce que contient vraiment une gélule de plante.

Un extrait 10:1 est un extrait obtenu à partir d’environ 10 kg de plante pour 1 kg d’extrait : ce ratio décrit une concentration, pas la quantité de composés actifs. Le titrage, lui, indique le pourcentage d’un composé mesuré dans l’extrait, par exemple « 3 % de withanolides », et c’est la donnée qui permet de comparer un produit aux études. Pour connaître la dose d’actif, multipliez la quantité d’extrait par le titrage : 500 mg d’un extrait titré à 3 % apportent 15 mg d’actif.
Le ratio d’extraction : combien de plante pour combien d’extrait
Pour fabriquer un extrait, on met la plante séchée au contact d’un solvant (eau, alcool ou mélange des deux), puis on élimine ce solvant. L’Agence européenne des médicaments (EMA) appelle le ratio drug extract ratio, ou DER : c’est le rapport entre la quantité de plante utilisée et la quantité d’extrait obtenue. Le chiffre placé avant les deux-points correspond à la plante, celui placé après à l’extrait (EMA, ligne directrice sur la déclaration des préparations de plantes).
La même ligne directrice apporte trois précisions qui changent la lecture d’une étiquette :
- Le ratio est une fourchette. L’EMA demande d’indiquer la plage réellement obtenue, par exemple « 5 à 8:1 » pour un extrait de marron d’Inde ou « 3 à 6:1 » pour un extrait de valériane. Un chiffre unique et rond est une simplification.
- Un extrait peut contenir des excipients. Dans l’un des exemples de l’EMA, une gélule de 200 mg d’extrait sec de valériane contient 160 mg d’extrait proprement dit et 40 mg d’excipients ajoutés pour des raisons techniques. Le ratio ne décrit que la partie extraite.
- Les ratios des extraits de référence sont souvent modestes. Les extraits secs de ginseng retenus par l’EMA ont des ratios compris entre 2:1 et 7:1, ceux d’harpagophytum entre 1,5:1 et 12:1. Certains extraits purifiés vont beaucoup plus loin : l’extrait de ginkgo raffiné donné en exemple par l’EMA a un ratio de 35 à 67:1.
Une poudre de plante simplement broyée correspond, elle, à un ratio de 1:1 : on avale la plante telle quelle.
Pourquoi un ratio élevé ne prouve rien
Certaines étiquettes affichent des ratios de 20:1 ou plus et en déduisent qu’une gélule de 500 mg « équivaut » à 10 g de plante. Ce raisonnement est trompeur, pour quatre raisons.
- La teneur de départ varie. La Pharmacopée européenne exige au moins 1,2 % d’harpagoside dans la racine d’harpagophytum (rapport d’évaluation de l’EMA). Une racine plus pauvre, ou une autre partie de la plante, donnera un extrait plus pauvre au même ratio.
- Le solvant change la composition. Un extrait à l’eau et un extrait à l’alcool n’emportent pas les mêmes molécules. La monographie européenne du ginseng l’illustre : pour deux extraits secs aux ratios voisins (entre 2:1 et 7:1), la dose journalière va de 40 à 200 mg pour l’extrait titré à 4 % de ginsénosides, et de 200 à 670 mg pour un autre extrait à l’alcool. Le ratio seul ne permet donc pas de fixer une dose.
- Un ratio ne se contrôle pas dans la gélule. C’est une donnée de fabrication, déclarée par le producteur de l’extrait. Un titrage, au contraire, se mesure en laboratoire.
- Concentrer ne revient pas à tout conserver. L’extraction récupère certains composés et en laisse d’autres. 500 mg d’extrait 20:1 ne reproduisent pas forcément les effets de 10 g de plante.
La centella en donne un exemple concret. Les essais sur les jambes lourdes ont utilisé un extrait purifié contenant 40 % d’asiaticoside et 60 % d’acides asiatique et madécassique (EMA). Un extrait « concentré 20:1 » dont la teneur en ces composés n’est pas indiquée n’a rien de comparable.
Le titrage : la donnée qui compte
Le titrage exprime la part, en pourcentage du poids de l’extrait, d’un composé ou d’une famille de composés dosés en laboratoire, le plus souvent par chromatographie, une technique qui sépare les molécules pour les mesurer une à une. Ce composé est choisi parce qu’il contribue à l’effet de la plante, ou simplement parce qu’il sert de repère de qualité : on parle alors de marqueur.
Voici les composés titrés des plantes dont nous parlons le plus souvent :
| Plante | Composés titrés | Repères disponibles | Notre article |
|---|---|---|---|
| Ashwagandha | Withanolides | Teneur à lire sur l’étiquette ; l’ANSES juge les extraits des études mal caractérisés | Ashwagandha |
| Curcuma | Curcuminoïdes | 2 à 8 % dans le rhizome, plus de 95 % dans les extraits purifiés (ANSES) | Curcumine |
| Ginseng | Ginsénosides | Extrait sec à 4 %, 40 à 200 mg par jour (EMA) | Ginseng |
| Harpagophytum | Harpagoside | Au moins 1,2 % dans la racine, 1,5 % dans l’extrait sec (Pharmacopée européenne) | Harpagophytum |
| Bacopa | Bacosides | Extraits standardisés dans les essais d’au moins 12 semaines (méta-analyse de 2014) | Bacopa |
| Ginkgo | Flavonoïdes, ginkgolides et bilobalide | 22 à 27 % de flavonoïdes dans l’extrait de référence (EMA) | Ginkgo biloba |
| Centella | Asiaticoside, acides asiatique et madécassique | 40 % et 60 % dans l’extrait des essais (EMA) | Centella asiatica |
Pour la curcumine, les chiffres viennent de l’avis de l’ANSES de 2022, qui précise que les extraits purifiés à plus de 95 % sont couramment vendus sous le simple nom de « curcumine ». Pour la bacopa, la méta-analyse de Kongkeaw et ses collègues (2014) n’a retenu que des essais menés avec des extraits standardisés.
Standardisé, quantifié, titré : quelles différences ?
L’EMA distingue trois types d’extraits :
- l’extrait standardisé est ajusté à une teneur précise en composés dont l’activité thérapeutique est reconnue, en ajoutant des excipients ou en mélangeant plusieurs lots ;
- l’extrait quantifié est ajusté à une fourchette de teneur en marqueurs, uniquement en mélangeant des lots ; c’est le cas de l’extrait de ginkgo de référence ;
- les autres extraits n’ont pas de teneur fixée : on ne connaît que leur ratio et leur solvant.
Sur les étiquettes de compléments, « standardisé » et « titré » sont employés comme synonymes : ils signifient que la teneur d’un composé est fixée et contrôlée. La nuance de l’EMA rappelle toutefois que ce composé n’est pas toujours la seule cause de l’effet. Pour l’harpagophytum, l’agence attribue l’activité à l’extrait entier, l’harpagoside servant de marqueur d’analyse.
Les limites du titrage
Un titrage est nécessaire, mais il ne suffit pas.
- Les résultats d’un essai valent pour l’extrait testé. Pour l’ashwagandha, l’ANSES juge que les extraits utilisés dans les études sont trop mal caractérisés pour relier la teneur en l’un des composés de la plante aux effets observés. Deux extraits au même titrage peuvent différer par tout le reste.
- Un titrage peut être gonflé. Les flavonoïdes du ginkgo peuvent être imités par de la rutine ou de la quercétine, des composés bien moins chers. Une équipe européenne a trouvé au moins un produit d’adultération (rutine, quercétine ou extrait riche en ces composés) dans 48 compléments de ginkgo sur 59 analysés (Frommenwiler et ses collègues, 2019). Une analyse d’identité, comme l’empreinte chromatographique utilisée dans cette étude, permet de repérer ce type de fraude.
- Le titrage ne dit rien des contaminants. Métaux lourds, pesticides et qualité microbiologique relèvent d’autres analyses, que nous détaillons dans notre guide pour choisir un complément alimentaire.
Comment calculer la dose d’actif
La formule tient en une ligne :
dose d’actif (mg) = quantité d’extrait par gélule (mg) × titrage (%) ÷ 100 × nombre de gélules par jour
Une étiquette complète donne toutes les informations nécessaires. La bacopa de Nutriforce, par exemple, est un extrait concentré 20:1 et standardisé à 50 % de bacosides, à raison de 500 mg par gélule : le calcul donne 250 mg de bacosides par gélule, et le certificat d’analyse publié par la marque, réalisé par un laboratoire indépendant, mesure 52 %. Le ratio renseigne sur la fabrication, le titrage sur le contenu, et l’analyse vérifie le titrage.
Quelques exemples tirés des repères officiels et des études :
| Situation | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Ginseng : 200 mg d’extrait titré à 4 % | 200 × 4 ÷ 100 | 8 mg de ginsénosides, à la dose haute prévue par l’EMA |
| Harpagophytum : viser 50 mg d’harpagosides avec un extrait à 1,5 % | 50 × 100 ÷ 1,5 | Environ 3,3 g d’extrait par jour |
| Même objectif avec un extrait à 2,5 % | 50 × 100 ÷ 2,5 | 2 g d’extrait par jour |
| Curcumine : repère de l’ANSES de 153 mg par jour (adulte de 60 kg) avec un extrait à 95 % | 153 × 100 ÷ 95 | Atteint avec environ 160 mg d’extrait |
| Même repère avec du curcuma en poudre (2 à 8 % de curcuminoïdes) | 153 × 100 ÷ 8, puis ÷ 2 | Atteint avec 1,9 à 7,7 g de poudre |
| Mucuna : 500 mg d’extrait titré à 5 % ou à 40 % de L-DOPA | 500 × 5 ÷ 100 ou 500 × 40 ÷ 100 | 25 mg ou 200 mg de L-DOPA |
Ces calculs montrent deux choses. D’abord, un extrait peu titré peut exiger plusieurs grammes par jour pour rejoindre la dose des études : pour l’harpagophytum, la revue Cochrane de 2014 sur le mal de dos portait sur des doses quotidiennes standardisées à 50 ou 100 mg d’harpagoside. Ensuite, un extrait très concentré atteint vite un repère de sécurité : le cas de la curcumine est détaillé dans notre article sur la curcumine. Même logique pour le mucuna ou le 5-HTP : deux produits « à 500 mg » peuvent apporter des quantités de principe actif très différentes selon leur titrage.
Deux pièges de calcul
- Comparer des poids d’extraits différents. Une étude qui teste « 600 mg d’extrait » d’ashwagandha a utilisé un extrait précis. 600 mg d’un autre extrait, titré différemment, ne représentent pas la même dose. C’est le titrage qu’il faut comparer, quand l’étude le publie.
- Multiplier par le ratio. « 500 mg d’extrait 10:1, soit 5 g de plante » indique la quantité de plante utilisée pour fabriquer l’extrait, pas la dose d’actif que vous recevez. Seul le titrage permet un calcul fiable.
Poudre, extrait, molécule purifiée : trois produits différents
- La poudre de plante est la plante séchée et broyée. Sa teneur en actif est celle de la plante : 2 à 8 % de curcuminoïdes pour le rhizome de curcuma, selon l’ANSES.
- L’extrait concentre certains composés. Il se juge sur son titrage, et accessoirement sur son ratio et son solvant.
- La molécule purifiée (berbérine, quercétine, mélatonine) n’a ni ratio ni titrage au sens propre : ce qui compte est sa pureté et sa quantité par gélule, comme nous l’expliquons dans nos articles sur la berbérine et la quercétine.
Questions fréquentes
Que signifie « extrait 10:1 » ?
Qu’environ 10 kg de plante ont servi à produire 1 kg d’extrait. C’est une indication de concentration, qui ne dit rien de la teneur en composés actifs : celle-ci dépend de la plante de départ, du solvant et des éventuels excipients.
Un extrait 20:1 est-il deux fois plus efficace qu’un extrait 10:1 ?
Non, pas forcément. Un extrait 20:1 obtenu avec un solvant peu adapté ou à partir d’une plante pauvre peut contenir moins d’actif qu’un extrait 10:1 bien préparé. Seul le titrage permet de comparer.
Qu’est-ce qu’un extrait sec ?
C’est un extrait dont le solvant a été éliminé, pour obtenir une poudre que l’on met en gélule ou en comprimé. Selon l’EMA, il peut contenir des excipients ajoutés pour sa fabrication ou pour ajuster sa teneur.
Extrait standardisé : quelle définition ?
Au sens de l’EMA, c’est un extrait ajusté à une teneur précise en composés dont l’activité est reconnue. Sur les compléments, le terme désigne plus largement un extrait dont la teneur en un composé est fixée et contrôlée, synonyme de « titré ».
Comment savoir si le titrage annoncé est exact ?
Demandez ou consultez le certificat d’analyse du lot : il doit donner la teneur attendue et la teneur mesurée. Pour les plantes souvent falsifiées, comme le ginkgo, une analyse qui confirme l’identité de la plante est un plus.
Poudre de plante ou extrait titré : que choisir ?
Pour un usage proche de l’alimentation (curcuma en cuisine, tisane), la poudre convient. Pour reproduire les conditions d’une étude, choisissez un extrait dont le titrage correspond à celui de l’extrait testé, et calculez votre dose d’actif.
Notre avis
Le ratio d’extraction est l’argument le plus visible des étiquettes et le moins utile pour le consommateur : il décrit un procédé de fabrication, pas le contenu de la gélule. Le titrage, exprimé en pourcentage puis converti en milligrammes d’actif par jour, est la donnée à rechercher en premier, et un certificat d’analyse est ce qui permet d’y croire. Si un produit ne donne qu’un ratio, sans titrage ni analyse, vous ne savez pas ce que vous prenez : passez votre chemin ou demandez ces informations au fabricant.
Les informations de cet article sont données à titre informatif. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un professionnel de santé, en particulier en cas de traitement, de grossesse ou de pathologie.



